Sur la cime du plus éloigné des trois éperons rocheux qui se dressent au sud-est de Capri vit une créature unique au monde : le lézard bleu (Podarcis siculus coeruleus). Isolé du continent, ce reptile a pris la couleur de la mer et du ciel par mimétisme. Emblèmes de l'île campanienne, les Faraglioni sont nés il y a des millénaires de l'effondrement d'un réseau souterrain. Les eaux karstiques ont d'abord creusé la roche jusqu'à 15 mètres sous le niveau actuel de la mer. Par la suite, l'érosion du littoral, l'abrasion marine et les éléments atmosphériques ont fait s'écrouler les voûtes, façonnant les silhouettes qui dominent aujourd'hui le golfe de Naples. Leur nom témoigne de leur rôle d'autrefois : il vient du grec faros (phare), car durant l'Antiquité, on allumait de grands feux nocturnes sur ces rochers côtiers pour guider les navigateurs et leur éviter d'éperonner le relief.
À voir
L'ensemble réunit trois formations principales, accompagnées d'un quatrième rocher en retrait. Le premier, le Faraglione di Terra (ou Stella), reste relié à l'île par un mince isthme de 4 mètres ; c'est le plus élevé du groupe, grimpant à 111 mètres. Sa paroi sud-ouest abrite une fissure géologique surnommée la « petite grotte Bleue », en raison des nuances vert-azur filtrant sous l'eau à travers un seuil immergé. Plus au large s'élève le Faraglione di Mezzo (81 mètres), réputé pour sa fameuse arche naturelle, un tunnel long de 58 mètres et haut d'environ 13 mètres qui le traverse de part en part. Entre celui-ci et le troisième bloc, le Faraglione di Fuori (ou Scopolo, haut de 104 mètres), s'étire un chenal de 8 mètres de large sur 60 mètres de long appelé « Saetta ». C'est précisément sur cet éperon du Scopolo que s'épanouit le fameux lézard bleu, à la robe azurée rehaussée d'une touche sombre sur le dos, désormais bien distinct de ses cousins terrestres.
Derrière ces trois géants émerge le rocher du Monacone, nommé ainsi en souvenir des « bovi marini », cette colonie de phoques moines qui y vécut jusqu'en 1904, année où le dernier spécimen fut tué près de Palazzo a Mare. Sa surface conserve des vestiges de maçonnerie romaine : parfois présentés comme le tombeau de Masgaba, l'architecte de l'empereur Auguste, il pourrait aussi s'agir de bassins de salaison de poisson ou de la clôture d'un élevage de lapins, éradiqués ultérieurement par une épidémie d'après l'écrivain Norman Douglas.
La visite
Tu peux admirer les Faraglioni depuis la mer ou en prenant de la hauteur sur les belvédères de l'île, à commencer par les Giardini di Augusto, mais aussi depuis la Via Krupp et la Villa Monacone. Érigés au rang de « monuments naturels » au cours des XIXe et XXe siècles, ils ont inspiré des peintres paysagistes comme Joseph Rebell, Johan Christian Dahl, Albert Bierstadt, Karl Wilhelm Diefenbach et William Stanley Haseltine. Pionnier de la chronophotographie, Étienne-Jules Marey en a immortalisé les contours dans son court-métrage Vague, baie de Naples. Dans le cinéma italien, ces rochers ont servi de décor à des films cultes tels que L'imperatore di Capri (1949) avec Totò, ou encore à une scène mythique de Il secondo tragico Fantozzi, où l'acteur Paolo Villaggio, en plein ski nautique, percute de plein fouet le récif, déclenchant une secousse ressentie jusque sur la Piazzetta.
Le conseil de la rédaction
Lorsque tu observes ce relief ou que tu consultes la carte locale, fais bien attention au nom « Saetta » : on l'utilise souvent à tort pour désigner le Faraglione di Mezzo, alors qu'il qualifie en réalité uniquement la passe étroite qui sépare ce dernier du Faraglione di Fuori.