Le 17 août 1826, le poète prussien August Kopisch, le peintre Ernst Fries, le batelier capriote Angelo Ferraro, l'aubergiste Giuseppe Pagano et l'ânier Michele Federico se glissèrent dans une fente de la falaise que les insulaires appelaient l'antre maudit et évitaient soigneusement, persuadés qu'y logeaient esprits et diables. Ils en ressortirent avec un nom neuf: la grotte Bleue. Kopisch publia le récit de cette journée en 1838 dans l'annuaire Italia et passe depuis pour le découvreur d'une cavité qui n'avait pourtant rien d'inconnu: le toponyme Gradola figure déjà sur une carte de 1696 de l'Isolario de Vincenzo Coronelli.
À voir
La lumière qui a fait la célébrité de la grotte n'entre pas par la bouche mais par le dessous. Une fenêtre immergée s'ouvre exactement sous la fente et filtre la lumière du soleil: elle retient le rouge et laisse passer le bleu. En raison de la réflexion totale, si la mer est parfaitement immobile le seuil n'éclaire plus la cavité: il faut un minimum de mouvement de l'eau. Les objets plongés dans l'eau paraissent d'argent parce qu'ils se couvrent de minuscules bulles d'air dont l'indice de réfraction diffère de celui de l'eau et renvoie la lumière.
La salle que l'on visite est le Duomo Azzurro, vingt-cinq mètres de large et une soixantaine de long, avec une voûte à sept mètres au-dessus de l'eau qui monte à quatorze au fond; en comptant le seuil immergé, il y a trente-six mètres du fond au plafond. À l'époque romaine, la grotte était le nymphée marin de la villa de Gradola. Dans l'angle sud-ouest, les Romains ont nivelé une plate-forme avec un mortier de brique pilée, et Amedeo Maiuri fut le premier à comprendre ce qu'avait été ce lieu; les statues de Neptune et de tritons remontées du fond dans les années soixante, aujourd'hui au musée de la Casa Rossa d'Anacapri, lui ont donné raison. En 2009, sept autres bases de statues sont réapparues: il en reste donc au fond. Au bout de la cavité, trois galeries mènent à la Sala dei Nomi, couverte des signatures des visiteurs du XIXe siècle.
La visite
On n'entre qu'en barque à rames, à quatre et allongé au fond de la coque: l'ouverture se tient à un peu plus d'un mètre au-dessus de l'eau et le batelier lâche les rames pour tirer la barque sur une chaîne scellée dans le rocher. La grotte ferme dès que la houle se lève ou que la marée monte, et il n'est pas rare qu'elle reste fermée plusieurs jours; la baignade est interdite. On y accède de deux façons: par les bateaux qui partent de Marina Grande, ou par la terre depuis Anacapri, en prenant le bus jusqu'à l'arrêt Grotta Azzurra puis l'escalier qui descend au débarcadère de Gradola. Dans les deux cas on paie deux fois, la barque et l'entrée, et l'on ne reste à l'intérieur que quelques minutes.
Le conseil de la rédaction
Nous choisissons la voie terrestre et le petit matin. De Gradola, on descend droit à l'eau et on embarque avant l'arrivée des bateaux de Marina Grande, qui déversent des dizaines de personnes d'un coup vers midi; attendre au large, en plein soleil, dans une barque qui roule, est le pire moment de l'excursion. Et avant de partir, mieux vaut demander au port l'état de la mer: par sirocco l'entrée reste fermée et, depuis Anacapri, on redescend pour rien.








