🖼️ Musées

Cenacolo Vinciano (Ultima Cena)

📍 Milano, Lombardie · 93/100

En 1494, déçu par l'abandon du projet de monument équestre à Francesco Sforza auquel il travaillait depuis dix ans, Leonardo da Vinci reçut de Ludovico il Moro la commande de décorer le réfectoire du couvent contigu au sanctuaire de Santa Maria delle Grazie, à Milan. Le duc avait choisi ce complexe dominicain, que Donato Bramante venait tout juste de remanier, pour célébrer la dynastie des Sforza. Le chef-d'œuvre qui en découla, le Cenacolo (ou la Cène), est une peinture murale monumentale de 460 centimètres sur 880, déjà mentionnée comme achevée par le moine Luca Pacioli dès le 4 février 1498.

À voir

Dès l'entrée dans le réfectoire, ton regard se porte sur le mur nord, où Leonardo insuffla tout le savoir accumulé au fil des ans. Souvent qualifié à tort de fresque, le Cenacolo fut en réalité réalisé selon une technique mixte « à sec ». Détestant la rapidité exigée par la fresque traditionnelle, Leonardo appliqua un enduit assez rugueux, traça les contours majeurs à la sinopia et prépara le mur avec un mélange de carbonate de calcium et de magnésium liés par un liant protéique, en ajoutant une fine couche de blanc de plomb pour rehausser la luminosité. Ses couleurs à sec, formées d'une tempera grassa (une émulsion d'œuf et d'huiles fluidifiantes), lui permirent de travailler par une multitude de petites touches. Si ce procédé garantissait un soin extrême du détail et de délicats fondus ton sur ton, il condamna l'œuvre à une dégradation inéluctable : dès 1566, Giorgio Vasari n'y voyait plus qu'une « macchia abbagliata », et en 1642, Francesco Scannelli peinait à en distinguer les personnages. Sur le petit mur opposé se dresse la Crocifissione, une scène de composition traditionnelle achevée par Donato Montorfano en 1495. Vers 1497, Leonardo y ajouta les portraits des ducs de Milan et de leurs enfants, des silhouettes aujourd'hui à peine lisibles.

La visite

Le Museo del Cenacolo Vinciano, géré par la Direzione regionale Musei, a enregistré 445.728 entrées en 2019, s'imposant comme le quinzième site national le plus visité d'Italie. La pièce elle-même explique la vulnérabilité de la peinture : le mur orienté au nord, adossé aux anciennes cuisines, a exposé la composition à une condensation permanente, aux variations de température et aux effluves des repas. L'écrivain Matteo Bandello, qui résida dans le bâtiment en 1497, a laissé un précieux témoignage sur les hésitations incessantes du maître. Sa méthode nécessita de nombreuses études préparatoires, à l'image de la Testa di Cristo conservée à la Pinacoteca di Brera. Le succès immédiat de la fresque inspira une multitude de copies, précieuses aujourd'hui pour se figurer l'éclat des couleurs d'origine : on retient notamment les épreuves grandeur nature du XVIe siècle réalisées par Giampietrino (à la Royal Academy de Londres après 25 ans à Oxford) et Marco d'Oggiono (au château d'Écouen), la réplique de l'Ermitage dévoilant les fines lignes colorées du plafond à caissons, la mosaïque de Giacomo Raffaelli exécutée pour Napoléon et conservée à Vienne, ou encore les réalisations du couvent de Saracena en Calabre, les sculptures de la mine de sel de Wieliczka et le groupe sculpté de la vara de Caltanissetta signé Francesco et Vincenzo Bianchi. Pour sauver l'original milanais, l'une des campagnes de restauration les plus longues de l'histoire s'est déroulée de 1978 à 1999. Financé à hauteur d'environ 7 milliards de lires par l'entreprise Olivetti, ce chantier a déployé des technologies de pointe pour effacer les lourds repeints accumulés au fil des siècles. Comme le soulignait l'historien de l'art Kenneth Clark, les restaurateurs précédents avaient altéré les traits de saint Pierre, transformant son visage vu en raccourci en un visage « au front bas de criminel ».

Le conseil de la rédaction

Pendant ta visite du réfectoire, prends le temps d'observer la Crocifissione de Montorfano sur la paroi sud. Ce face-à-face permet de comprendre de manière flagrante pourquoi Leonardo tenta sa risquée technique expérimentale : si la fresque traditionnelle de Montorfano s'est conservée en parfait état à travers les siècles, elle est totalement dépourvue de ces transparences, de ces nuances et de ces jeux de lumière qui ont fait du Cenacolo le chef-d'œuvre absolu de la Renaissance italienne.

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