À Milan, quand une chose n'en finit pas, on dit qu'elle est longue comme le chantier du Dôme : ouvert le 12 mai 1386 par l'archevêque Antonio da Saluzzo, il a livré ses derniers détails en 1965 et ne s'est jamais vraiment arrêté, car le marbre doit être remplacé bloc après bloc. La pierre n'a pas changé : marbre rose de Candoglia, tiré des carrières du lac Majeur que Gian Galeazzo Visconti céda à la Fabrique en l'exemptant de tout péage. Chaque bloc voyageait marqué AUF, «ad usum fabricae», et les Milanais font remonter à ces trois lettres l'expression «a ufo», c'est-à-dire gratuitement.
À voir
De l'extérieur, le compte n'y est jamais : pinacles, gargouilles et statues se multiplient à mesure que le regard monte, et la tour-lanterne octogonale, élevée en 1490 par Giovanni Antonio Amadeo et Gian Giacomo Dolcebuono, ferme la croisée pour laquelle Leonardo da Vinci et Bramante avaient présenté en 1488 des modèles ensuite écartés. À l'intérieur, cinq nefs courent entre des piliers dont les chapiteaux se changent en niches peuplées de statues, une solution lombarde que le gothique d'outre-monts ignore. Les cinquante-cinq verrières monumentales vont du XVe au XXe siècle et changent complètement la couleur de la nef selon l'heure.
La statue que tout le monde photographie est le saint Barthélemy écorché de Marco d'Agrate, daté de 1562 : le saint porte sa propre peau comme un manteau, et la signature latine du socle précise que l'auteur n'est pas Praxitèle mais Marco d'Agrate. Sous le parvis, le niveau archéologique conserve le baptistère San Giovanni alle Fonti, où la tradition situe en 387 le baptême d'Augustin par Ambroise, et les vestiges de la basilique Santa Tecla. Tout en haut, sur la flèche principale de 108,5 mètres, la Madonnina de cuivre doré hissée en 1774 sert de bulletin météo aux Milanais : si on la voit de loin, la journée sera bonne.
La visite
Le billet se compose par modules : cathédrale, aire archéologique, musée et terrasses, la montée à pied ou en ascenseur. Les terrasses sont la partie que personne n'attend : on marche sur le toit même, au milieu d'un fourré de pinacles reliés par des arcs-boutants, et la Madonnina reste à quelques mètres au-dessus de la tête. Comptez au moins deux heures pour l'ensemble, trois sans se presser ; le contrôle de sécurité sur la place allonge l'attente et, dans l'église, épaules et genoux doivent être couverts. En septembre, lors du rite de la Nivola, l'archevêque monte sur une machine de scène du XVIIe siècle chercher le Saint Clou conservé dans l'abside.
Le conseil de la rédaction
Les terrasses se prennent à pied, pas en ascenseur : l'escalier étroit grimpe dans le contrefort et débouche sur le toit sans prévenir, et c'est ce basculement qui justifie le billet. Nous choisissons le dernier créneau de l'après-midi, quand la lumière rasante réchauffe le rose du marbre et que la ville s'efface vers les Alpes. Si vous avez le temps, revenez tôt le matin pour le rite ambrosien : le Dôme suit sa propre liturgie, distincte de la romaine, et à la messe la différence s'entend dans les chants.










