Née entre 1061 et 1101 sous le Grand Comte Roger Ier de Sicile, dans le cadre de la réorganisation de l'ordre monastique basilien, l'église de San Tommaso Apostolo il Vecchio est un témoignage essentiel de l'architecture sicilo-normande à Messine. Située dans l'actuelle via Romagnosi — autrefois au croisement des rues des Cartari et des Spatari —, la structure a traversé des siècles de changements de propriétaires compliqués : en 1585 elle devint le lieu de culte du Conservatorio delle Vergini Riparate, en 1607 elle fut achetée par les Pères théatins et en 1663 elle se retrouva englobée dans le jardin de leur collège, juste en face de la nouvelle église de la Santissima Annunziata conçue par Guarino Guarini. Après la suppression des congrégations religieuses de 1866, l'édifice fut désacralisé et même transformé en boulangerie commerciale jusqu'au tremblement de terre de 1908. Déclarée monumentale et longuement étudiée par l'historiographie locale, la petite église a été récupérée par une campagne de restaurations menée entre 1980 et 1998.
À voir
À l'extérieur, l'église présente un volume compact en parallélépipède d'où émergent l'abside et le tambour circulaire. La façade principale conserve un oculus, des blocs de lave à fonction à la fois structurelle et décorative et une inscription dédicatoire en latin gravée en 1530 le long de la corniche de pierre : la présence de la date « MDXXX » a longtemps conduit les historiens à situer par erreur tout l'édifice au XVIe siècle, attribution ensuite démentie par les études historiques. À l'intérieur, le plan se divise en une nef unique rectangulaire couverte d'une voûte en berceau en blocs de pierre et en un sanctuaire de plan carré orienté à l'est. Le sanctuaire est couvert d'une coupole légèrement surbaissée, posée sur un tambour percé de quatre fenêtres et souligné par une moulure de brique. Les décors intérieurs montrent des profils de pierre sombre sur fond clair au niveau des arcs, des piédroits et du couronnement du tambour, selon un goût d'inspiration brunelleschienne.
La visite
L'édifice est protégé à l'extérieur par une clôture réalisée à la suite des interventions de protection et de conservation des années quatre-vingt-dix. Les abords permettent d'observer la volumétrie d'origine, épargnée par les destructions sismiques de 1908.
Le conseil de la rédaction
Regarde attentivement la corniche sculptée de la façade principale pour repérer les restes du texte latin de 1530 : c'est bien ce graffiti de la Renaissance qui a trompé les érudits du XIXe siècle, qui ont pendant des décennies attribué le projet à Montorsoli en ignorant la matrice normande de l'œuvre.
