Ce palais est né d'un défi. En 1330 Matteo Sclafani entama les travaux — une plaque de marbre le dit — après une sorte de pari avec son beau-frère Manfredi Chiaramonte, qui bâtissait le sien de l'autre côté de la ville. Les deux se tenaient sur des fronts politiques opposés, et ils se répondirent à coups de chantiers.
À voir
Matteo Sclafani était comte de Sclafani et Adernò et choisit une position privilégiée, près du palais des Normands. À sa mort la famille s'éteignit faute d'héritiers mâles, malgré trois mariages, et la lutte pour la succession entre les gendres dura plus de quarante ans ; à la fin le palais fut confisqué. Au quinzième siècle une commission décida de regrouper les nombreux petits hôpitaux religieux de la ville en une seule grande institution, et choisit précisément cet édifice, alors abandonné et proche de la ruine : à partir de 1435 il abrita le Grand et Nouvel Hôpital, plus tard l'Hôpital civique de Palerme.
L'adaptation en hôpital bouleversa la distribution d'origine, et au dix-neuvième siècle, après les soulèvements, le bâtiment devint caserne ; c'est encore un siège militaire. La façade, elle, est celle du quatorzième siècle : hautes arcades entrelacées avec baies géminées d'origine normande et incrustations bicolores de blocs de tuf et de tesselles de lave, petites rosaces au sommet des ogives, et au-dessus du portail gothique un aigle serrant un lièvre dans ses serres. Les fouilles dans la cour ont mis au jour des tronçons des murailles arabes et l'angle d'un péristyle romain. Le grand Triomphe de la Mort, peint ici dans la cour au milieu du quinzième siècle, et quelques fresques de Pietro Novelli se trouvent aujourd'hui à la galerie régionale du Palazzo Abatellis.
La visite
Le palais est sur le Piano di Palazzo, à côté du palais des Normands. C'est le siège d'un commandement militaire et il ne se visite pas : la façade se regarde depuis la rue, et les œuvres qui en proviennent se voient au Palazzo Abatellis. Un quart d'heure, de l'extérieur.
Le conseil de la rédaction
Passez du côté sud et cherchez, à l'angle, le tour d'abandon : le cylindre pivotant dans lequel on déposait les nouveau-nés à l'hôpital sans que nul ne voie qui les apportait. C'est un trou dans un mur avec un mécanisme qui tourne. Des siècles durant, ce fut la chose la plus utilisée de toute cette façade, et c'est la seule partie du palais conçue pour ceux qui ne voulaient pas être vus.
