Le palais le plus bas du Grand Canal est aussi celui que tout le monde regarde : le Palazzo Venier dei Leoni, un seul niveau de pierre d'Istrie, arrêté au rez-de-chaussée depuis le milieu du dix-huitième siècle parce que les Venier n'eurent plus d'argent ou, dit la légende, parce que les voisins de la Ca' Grande ne voulaient pas qu'il dépasse le leur. Peggy Guggenheim l'acheta en 1949 et y vécut trente ans avec ses chiens et les tableaux achetés à Paris pendant les années de guerre, un par jour, quand les artistes fuyaient et que les œuvres ne coûtaient rien. À partir de 1951, elle ouvrait la maison au public l'été ; elle est morte en 1979 et repose dans le jardin, à côté des chiens. C'est aujourd'hui le musée le plus visité de Venise après le palais des Doges.
À voir
Ce n'est pas une grande collection : c'est la collection d'une personne, et cela se voit. Les salles sont celles d'une maison, avec les fenêtres sur le canal, et les tableaux sont ses choix : Picasso, Braque, Léger et le cubisme ; le surréalisme de Max Ernst, qui fut son mari, de Magritte avec l'Empire des lumières, de Dalí et Miró ; Kandinsky et Mondrian ; Giacometti, Brancusi avec l'Oiseau dans l'espace, de Chirico. Et Jackson Pollock, que Peggy découvrit et entretint à New York quand personne n'en voulait : Alchimie, de 1947, est l'une de ses premières toiles au dripping.
Sur la terrasse vers le Grand Canal se dresse l'Ange de la ville de Marino Marini, le cavalier de bronze de 1948 aux bras ouverts, avec un détail anatomique que Peggy faisait dévisser quand passaient les processions. Dans le jardin, les sculptures du Nasher Sculpture Garden et sa tombe ; dans une aile, les futuristes de la collection Mattioli, Boccioni, Carrà, Severini, Balla, et dans la collection Schulhof arrivée en 2012, l'après-guerre américain et européen, Rothko, Warhol, Fontana, Burri, Twombly.
La visite
L'entrée se fait par la calle derrière, dans le Dorsoduro, entre le pont de l'Accademia et la Salute ; fermé le mardi, billet plein tarif avec la queue l'été, mieux vaut réserver. Le musée est petit et se visite en une heure et demie, jardin et café compris ; une salle présente les tableaux de sa fille Pegeen. Le ponton sur le canal est ouvert aux visiteurs et c'est la seule terrasse sur le Grand Canal où l'on peut s'arrêter sans consommer.
Le conseil de la rédaction
Allez d'abord sur la terrasse et regardez le canal au niveau de l'eau, comme elle le voyait de sa fenêtre : la Salute à droite, les gondoles qui passent dessous. Puis, dans la salle Pollock, cherchez la Femme-lune, peinte avant les drippings : on comprend d'où il venait. Et lisez les noms des chiens sur la plaque à côté de la sienne.
