Dans l'un des abris antiaériens, une phrase en allemand reste lisible : « Spiele nicht mit ein Gewehr, denn es könnt geladen sein », ne joue pas avec un fusil, il pourrait être chargé. C'est la voix des derniers occupants d'un point d'appui qui n'a jamais tiré : la 202e batterie côtière de l'armée royale italienne, montée à la fin des années trente sur le versant occidental de la presqu'île de Portofino comme dispositif antinavire couvrant l'est du golfe de Gênes. Avec les batteries d'Arenzano, de Monte Moro et de Pegli, elle formait la ceinture chargée de défendre la ville pendant la Seconde Guerre mondiale.
À voir
L'installation d'origine comptait trois pièces de 152/45 en barbette sur autant de plateformes de béton. Pour la direction du tir et l'observation, les servants disposaient de deux bunkers en béton armé reliés par un tunnel creusé dans la roche ; deux autres tunnels, longs de 25 mètres au maximum, menaient des locaux logistiques aux dépôts de munitions et aux abris du personnel. Les casernements comprenaient une infirmerie, un local de commandement, un dortoir, un magasin, des cuisines et des latrines, et tout le point d'appui était fermé par des réseaux de barbelés et des champs de mines.
Les incursions navales alliées du 14 juin 1940 et du 9 février 1941 ont révélé les faiblesses de la défense génoise : les navires sont restés bien au-delà de la portée des 152/45 et la batterie n'a jamais connu son baptême du feu. Après le 8 septembre 1943, la position est passée à des unités de la Wehrmacht et de la République sociale italienne, et l'Organisation Todt l'a remaniée selon les critères des bunkers allemands : deux plateformes ont laissé place à deux casemates en « carapace de tortue » armées de pièces antiaériennes de 88 mm, tandis que le commandement s'installait à San Rocco di Camogli, dans la villa Giulia. Restent aussi les bunkers télémétriques : l'un au lieu-dit il Bricco, sur le versant sud du mont de Portofino, dont le champ de vision allait du Capo Mele au golfe de La Spezia, l'autre au lieu-dit Erbaio, à côté d'un bunker radio sans doute destiné à un radar de construction allemande.
La visite
La dernière partie se fait à pied. Depuis la via Aurelia, on monte vers le Passo della Ruta et, une fois en haut, on bifurque vers le village de San Rocco ; de là, un sentier court et panoramique conduit au lieu-dit Fornelli puis aux postes. Pas de billetterie, pas d'éclairage, les locaux sont ceux que les militaires ont laissés et la végétation en a repris une bonne part : chaussures fermées, lampe torche et attention à l'endroit où l'on marche, car les plateformes donnent sur le vide.
Le conseil de la rédaction
Devant la porte du local de commandement, cherchez la lame métallique encore fichée à sa place d'origine : elle servait à racler la boue des semelles, et elle en dit plus sur le quotidien de la garnison que n'importe quel bunker. Au-dessus d'un montant de porte subsiste une enseigne portant l'inscription « Chiappa » et un petit écusson qui ressemble à des armoiries. Nous conseillons de monter en fin d'après-midi : la lumière rasante sur le béton et sur la mer ouverte fait comprendre pourquoi les canons avaient été placés exactement là.
