Les colonnes de granit et les chapiteaux corinthiens qui portent les nefs sont du matériau romain du IIIe siècle, remployé par les maîtres antélamiques qui, dans la première moitié du XIIe siècle, refirent l'église sur les restes d'une plus ancienne ; le linteau du portail est romain lui aussi, sculpté de rinceaux et de griffons. Nous sommes sur la colline de Castello, le premier lieu habité de Gênes : le château fortifié de l'évêque s'y dressait, élevé entre le IXe et le Xe siècle sur des fortifications préromaines, romaines et byzantines, et c'est là que s'installa, vers le XIe siècle, la famille des Embriaci, dont la tour flanque encore l'église. Santa Maria di Castello fut consacrée en 1237 par Gérold de Lausanne, patriarche de Jérusalem, et elle est protégée par la surintendance depuis 1912.
À voir
En 1441, une bulle du pape Eugène IV attribua l'église aux dominicains, qui n'en prirent possession que le 13 novembre 1442, après plus d'un an de résistance des chanoines. Avec eux l'ensemble devint un foyer culturel : ils achetèrent les maisons voisines, bâtirent le couvent, la sacristie et trois cloîtres, et remplacèrent les fermes de bois par les voûtes d'ogives que l'on voit aujourd'hui, montées vers 1468. Dans la galerie du premier cloître, construit entre 1453 et 1462, se trouve la fresque la plus célèbre de l'ensemble : l'Annonciation peinte par Giusto d'Alemagna en 1451.
Cinq chapelles s'ouvrent le long de chaque bas-côté, celles de gauche de la seconde moitié du XVe siècle, celles de droite du XVIe, bâties par les familles patriciennes de Gênes et remplies d'œuvres. Sur le maître-autel, refait après le bombardement naval français de 1684, se dresse l'Assomption en marbre d'Anton Domenico Parodi ; sur le revers de façade, la Vierge à l'Enfant peinte à fresque par Lorenzo Fasolo, et au-dessus des portes latérales deux toiles de Francesco Boccaccino. Le baptistère conserve un polyptyque de maîtres lombards du XVe siècle. Près de l'autel, adossée à un pilier, se tient la croix fourchue du XIVe siècle dite le Cristo moro : au fil des siècles on lui ajouta une barbe fournie et de longs cheveux qu'elle n'avait pas à l'origine, qu'une restauration des années soixante-dix a supprimés.
La visite
On y monte depuis le quartier du Molo par la salita du même nom, dans le lacis de carruggi derrière le vieux port ; de loin, la tour des Embriaci sert de repère. L'ensemble réunit église, couvent, cloîtres et un musée réaménagé et agrandi au début des années deux mille. Le roman que l'on voit a été largement retrouvé : l'intérieur fut débarrassé de son enduit par l'architecte Maurizio Dufour au XIXe siècle, tandis que les grandes fenêtres médiévales et la façade d'origine reparurent lors des restaurations d'après-guerre, après les dégâts des bombes de 1942 et de 1944. Les dominicains ont quitté le couvent en 2015, après près de six siècles, et l'ensemble est passé aux prêtres de la Société des missions africaines.
Le conseil de la rédaction
Nous conseillons de ne pas s'arrêter à l'église : le musée ouvre aussi les cloîtres, et c'est là que le lieu prend tout son sens. Regardez l'Annonciation à la lumière du matin, puis penchez-vous depuis la galerie supérieure, d'où l'on aperçoit les toits de la vieille ville et la tour : on comprend aussitôt pourquoi cette colline fut habitée la première.
