Six des douze colonnes qui divisent San Donato en trois nefs sont des monolithes de granit romain, récupérés sur des édifices plus anciens et remployés par les bâtisseurs médiévaux; les autres, en assises noires et blanches à chapiteaux romans, relèvent de l'agrandissement de la fin du XIIe siècle, et les deux campagnes de chantier se lisent à l'œil nu. L'église apparaît dans les documents dès le XIe siècle, était déjà paroisse et siège d'un collège de chanoines en 1160, et fut consacrée en 1189 par l'archevêque Bonifacio, qui y avait été prévôt. Le bombardement naval français de 1684, les restaurations menées par Alfredo D'Andrade entre 1888 et 1895, les bombes de 1942 et de 1944 ont chacun laissé leur trace; les travaux de 1946-1951 ont supprimé les ajouts des siècles et rebâti les absides latérales sur les fondations romanes remises au jour.
À voir
Le clocher n'est pas une tour séparée: c'est une tour-lanterne octogonale posée sur la croisée et intégrée au corps de l'église, une forme du roman archaïque dont Gênes ne possède pas d'autre exemple. Elle porte des frises en dents de scie et trois registres de baies géminées et à trois jours, le plus haut ajouté par D'Andrade à la fin du XIXe siècle. La façade en calcaire local reste sévère, avec son portail ébrasé à bandes noires et blanches et un architrave romain de remploi; la rose, les deux baies simples et le porche viennent en revanche des travaux de 1925. Sur le flanc droit, là où commence le stradone di Sant'Agostino, un grand édicule du XVIIIe siècle abrite une Vierge à l'Enfant de Giovanni Domenico Casella, dit Scorticone.
À l'intérieur, dans la chapelle San Giuseppe, ancien oratoire des menuisiers, est placé depuis 1996 le triptyque de l'Adoration des mages peint par le Flamand Joos van Cleve en 1515: volé en octobre 1974, il est revenu trois mois plus tard sans son cadre, refait ensuite par des maîtres florentins. Le retable de la Sainte Famille de Domenico Piola mérite lui aussi l'arrêt, dérobé lors du même vol et retrouvé; puis la Vierge à l'Enfant de Nicolò da Voltri et la Madonna del Latte de Barnaba da Modena, toutes deux du XIVe siècle, avec deux lambeaux de fresque du XIIIe siècle dans la colonnade de droite.
La visite
La piazza San Donato se trouve dans le quartier du Molo, entre la cathédrale San Lorenzo et la Porta Soprana: on y accède uniquement à pied, par les carruggi. L'entrée est libre et l'église reste une paroisse en activité, mieux vaut donc éviter les heures de messe. La nef centrale est couverte de fermes de bois apparentes, refaites après l'effondrement, sous les bombes, de la voûte maçonnée du XVIIIe siècle; seul décor conservé, les stucs du XIXe siècle sur les chapiteaux corinthiens, volontairement en désaccord avec les chapiteaux cubiques médiévaux du transept.
Le conseil de la rédaction
Nous conseillons de parcourir la colonnade en regardant les chapiteaux un à un avant de s'arrêter devant le triptyque: ils racontent le chantier mieux que n'importe quel cartel. Puis nous sortons par le flanc droit et enfilons le vico Biscotti, où une plaque sur un immeuble moderne est tout ce qui reste de l'oratoire de la Morte e Misericordia, bâti en 1637 et détruit par les bombes.
