Le palais est l'un des plus photographiés du Grand Canal et l'un des plus discutés : le Fondaco dei Turchi, maison du treizième siècle des Pesaro en style vénéto-byzantin, avec ses deux tourelles et le portique sur l'eau, qui à partir de 1621 accueillit les marchands ottomans avec leurs entrepôts et leur mosquée, et que le dix-neuvième siècle restaura si à fond qu'il le refit presque neuf. Dedans, depuis 1923, il y a le musée d'histoire naturelle de Venise, qui porte le nom de Giancarlo Ligabue, l'explorateur vénitien qui rapporta un dinosaure du Sahara : l'un des musées municipaux où les Vénitiens emmènent leurs enfants, avec deux millions de spécimens, un parcours refait en 2011, et aucune file.
À voir
La salle de l'expédition Ligabue, avant tout : le squelette d'Ouranosaurus nigeriensis, un herbivore avec une voile sur le dos déterré au Niger dans le désert de Gadoufaoua, l'un des plus complets au monde, et à côté l'énorme crâne de Sarcosuchus imperator, le crocodile de douze mètres qui mangeait des dinosaures. Puis les salles sur les traces de la vie, avec les fossiles de la mer primordiale aux grands mammifères des glaciations vénètes, et la section des explorateurs : Giovanni Miani qui cherchait les sources du Nil, le comte De Reali avec ses trophées de chasse africains, et un cabinet de curiosités reconstitué, avec les faux monstres et les vraies choses du seizième siècle.
Le parcours de la vie commence dans une salle circulaire où des centaines d'organismes sont projetés autour de vous comme dans un planétarium, et se poursuit dans des salles thématiques sur les formes que l'évolution a inventées pour se déplacer, se nourrir, se cacher : squelettes, coquillages, insectes, ailes, tout d'après nature. Au rez-de-chaussée, la galerie des cétacés avec les squelettes suspendus, l'aquarium des tegnùe, les récifs submergés de l'Adriatique, quand il est ouvert, et le jardin sur la cour. La bibliothèque, avec les naturalistes vénètes du dix-neuvième siècle, se consulte à part.
La visite
Le musée est à Santa Croce, sur le Grand Canal, arrêt de vaporetto San Stae puis deux minutes à pied, ou dix depuis la gare ; il fait partie des musées municipaux, avec billet propre et compris dans le pass MUVE, fermé en principe le lundi. Deux heures avec des enfants, une sans ; les jours de pluie, c'est le meilleur refuge de la ville. De l'entrée sur la cour on voit le portique sur l'eau, qu'on ne peut pas toucher depuis le Grand Canal.
Le conseil de la rédaction
Faites-le avec des enfants l'après-midi, quand les groupes scolaires sont partis, et commencez par le dinosaure : après, ils regardent vraiment les fossiles et les coquillages. Puis sortez au vaporetto San Stae et regardez le Fondaco depuis l'eau, depuis la rive opposée : c'est le palais que le romantisme a voulu médiéval, et vous comprendrez pourquoi les puristes font encore la grimace.
