Le 25 février 1682, le compositeur Alessandro Stradella fut poignardé à mort à Gênes par des tueurs à gages jamais identifiés ; le suspect, le noble Giovan Battista Lomellini, dont la sœur prenait des leçons de musique auprès de Stradella, fut acquitté faute de preuves. Stradella est enterré ici, dans l'église que les Génois appellent simplement le Vigne, parce qu'au Xe siècle elle se dressait hors des murs au milieu des rangs de vigne — extra muros Janue apud rivum Suxilie ubi erant vinee — et qu'elle passe pour le plus ancien sanctuaire marial de la ville.
À voir
De l'ensemble roman il ne reste debout que le clocher, élevé vers le milieu du XIIe siècle et jamais retouché depuis. Tout le reste a été réécrit deux fois : en 1585, la famille Grillo finança l'allongement de l'abside jusqu'au cimetière situé derrière, confié à l'architecte Gaspare della Corte ; en 1646, après une visite pastorale du cardinal Stefano Durazzo, Daniele Casella refit les nefs de fond en comble. Les huit colonnes par côté de l'église ancienne cédèrent la place à quatre colonnes jumelées plus hautes, les entrecolonnements passèrent de neuf à cinq et la tour-lanterne fit place à une coupole octogonale : de la spatialité romane, il ne reste rien.
Sur le flanc gauche, sous le grand arc qui traverse la base du clocher, se trouve un enfeu de 1304 : le tombeau d'Anselmo d'Incisa, chirurgien du pape Boniface VIII et du roi de France Philippe le Bel, réalisé en réemployant un sarcophage romain du IIe siècle orné de l'histoire d'Alceste. L'original est aujourd'hui au Musée diocésain, une copie l'a remplacé dans la rue. À l'intérieur, le maître-autel, dernière œuvre de Giacomo Antonio Ponsonelli en 1730, fut exécuté sur un dessin de Pierre Puget ; la Gloire de Marie, à la voûte du presbytère, est de Lazzaro Tavarone. La façade de marbre, dernier ajout à l'édifice, fut construite entre 1841 et 1848 sur un projet d'Ippolito Cremona, mort avant de la voir achevée.
La visite
Le Vigne occupe la place du même nom, dans le lacis de caruggi du quartier de la Maddalena : on n'y accède qu'à pied, en descendant de la via Luccoli ou en montant de Campetto. L'entrée est libre et il s'agit d'une paroisse en activité, avec messes quotidiennes. La fête principale est la Présentation de Marie au Temple, le 21 novembre. Avant d'entrer, il vaut la peine de faire le tour du bâtiment : le portail du XVe siècle, sur le flanc droit, est surmonté de statues attribuées à Donato Rodari et Giovanni Gaggini, et la lunette abrite une fresque de Domenico Piola représentant la Vierge, l'Enfant et le petit saint Jean offrant une grappe de raisin.
Le conseil de la rédaction
Nous conseillons de chercher dans la nef la colonne de marbre vert de Levanto qui porte l'image de la Madonna della Vita, du XIVe siècle : selon l'historien Federigo Alizeri, elle fut épargnée lors des remaniements précisément pour ne pas perdre cette image, ce qui en fait l'un des très rares morceaux d'origine conservés. Puis nous sortons sur le flanc gauche et levons les yeux vers le clocher : c'est la seule chose qu'un Génois de 1147, l'année où le Vigne devint paroisse, reconnaîtrait encore.
