Quand Rubens publia en 1622 ses gravures des Palazzi di Genova, la planche consacrée à la demeure de don Carlo Doria, duc de Tursi, n'en contenait que la moitié : la façade était trop longue pour la feuille. Le palais du 9 via Garibaldi avait été commencé en 1565 par les frères Domenico et Giovanni Ponzello, élèves de Galeazzo Alessi, pour le banquier Niccolò Grimaldi, que les Génois appelaient « il Monarca » à cause de ses titres de noblesse et des créances qu'il détenait sur Philippe II d'Espagne. C'est le seul édifice de la rue bâti sur trois parcelles, avec un jardin de chaque côté du corps central. En 1597 il passa à Giovanni Andrea Doria, qui l'acheta pour son fils cadet Carlo, duc de Tursi, et fit ajouter les loggias sur la rue ; Victor-Emmanuel Ier de Savoie l'acquit en 1820 et, depuis 1850, c'est la mairie de Gênes. Depuis 2006, il fait partie du site UNESCO des Strade Nuove et des Palazzi dei Rolli.
À voir
La façade joue sur trois couleurs de pierre : le rose de Finale, le gris-noir de l'ardoise, le blanc du marbre de Carrare. Au-dessus du haut soubassement courent des pilastres rustiques, remplacés à l'étage par des pilastres doriques, et au-dessus de chaque fenêtre un mascaron tire une grimace animale. Le portail de marbre blanc aux figures d'hommes en armes est de Taddeo Carlone ; l'aigle des Doria en occupait le centre, remplacé aujourd'hui par l'écu à la croix de la ville. À l'intérieur, l'invention tient à la suite des espaces, vestibule, escalier, cour surélevée par rapport au portique et grand escalier à double volée, où la lumière change à chaque passage.
Le bâtiment communique avec le Palazzo Bianco et abrite les dernières salles des Musei di Strada Nuova : peinture génoise des XVIIe et XVIIIe siècles, la Madeleine pénitente d'Antonio Canova, les collections municipales de monnaies et de céramiques, des voûtes peintes par Nicolò Barabino avec La Munificence et par Pietro Fea avec Le Char du Soleil. Vers la fin du parcours viennent les poids et mesures officiels de la République de Gênes. Depuis 2021, trois salles multimédias racontent Niccolò Paganini, y compris sa carrière peu connue de guitariste ; la dernière expose le Cannone, le violon construit à Crémone par Bartolomeo Giuseppe Guarneri, à côté de la copie que le luthier français Jean-Baptiste Vuillaume réalisa en 1833 et que Paganini offrit à son élève Camillo Sivori, lequel la légua à son tour à la ville.
La visite
L'entrée se trouve au numéro 9 de la via Garibaldi, à mi-parcours de la rue, et le billet des Musei di Strada Nuova couvre aussi le Palazzo Rosso et le Palazzo Bianco : du Bianco on passe au Tursi sans ressortir, et c'est la façon la plus simple de les voir. Une partie de l'édifice reste une mairie en activité, avec des bureaux et la salle du conseil, si bien que le parcours peut changer et que certaines salles ferment pour des cérémonies ; mieux vaut vérifier les horaires avant de monter.
Le conseil de la rédaction
Nous gardons ce palais pour la fin des trois et nous prenons notre temps. Le passage à ne pas bâcler, c'est le grand escalier : on monte quelques marches, on se retourne et on regarde la cour d'en haut, car c'est là que l'idée des frères Ponzello se comprend mieux que sur n'importe quelle photo. Ensuite la salle du Cannone, en dernier et sans hâte : la comparaison entre le Guarneri et la copie de Vuillaume vaut à elle seule la montée.
