La chute s'appelait autrefois cascata delle Cheucie, et le nom «del Serpente» ne désignait que le petit lac qui recueille l'eau à son pied. L'usage a ensuite inversé les rôles : aujourd'hui le Serpente est la cascade, tandis que les Cheucie survivent sur les vieilles cartes. Elle est formée par le rio Masone, affluent de rive gauche de la Stura di Ovada, dans une vallée étroite et profondément encaissée ; avec quatre sauts plus petits, elle compose l'ensemble des cascate del Serpente, juste au-dessus du village.
À voir
Ce qu'il y a de plus intéressant ici est géologique, et cela se lit sur la marche d'où l'eau se jette. D'ordinaire, une chute naît là où se rencontrent deux roches différentes, une tendre qui s'use et une dure qui résiste. Ici la roche est toujours la même, les schistes à serpentine qui forment les flancs du petit vallon : ce qui change, c'est seulement leur degré de fracturation. Là où la pierre est moins brisée, l'eau a eu plus de mal à la creuser, ce banc compact est resté debout et le torrent tombe par-dessus, dans le lac en contrebas. Le parc naturel régional du Beigua classe le site parmi ses lieux d'intérêt géomorphologique.
Non loin de la cascade, le parc a aménagé un parcours botanique, réalisé avec le collège de Masone. Il vaut la peine de chercher aussi ce qui reste de l'industrie de l'eau : près du saut affleurent les ruines de l'ancienne cartiera Savoi, une papeterie mue par la force hydraulique, et plus bas, près du point où le ruisseau rejoint la Stura, on reconnaît les murs d'un gros moulin.
La visite
Depuis le centre de Masone, on y arrive en voiture ou à pied en une demi-heure environ, sans difficulté. Qui veut continuer trouvera le sentier qui remonte vers la ligne de partage des eaux entre la Ligurie et la plaine du Pô, et vers le Bric del Dente. Le saut principal et les plus petits forment aussi l'ossature d'un itinéraire de canyoning, en partie équipé en via ferrata : matériel et compagnie adaptés sont indispensables, ce n'est pas une version allongée de la promenade. L'été, le lac sous la cascade se remplit de baigneurs des environs.
Le conseil de la rédaction
Allez-y un jour de semaine et hors du plein mois d'août, quand le lac est pris d'assaut : la cascade se regarde bien mieux avec peu de monde autour, et le bruit de l'eau redevient le seul. Nous conseillons d'accorder une demi-heure de plus aux ruines de la papeterie, que presque personne ne cherche, et de remonter le sentier ne serait-ce qu'un quart d'heure : de là-haut, on comprend comment le ruisseau a entaillé la vallée.
