Le dix août 1557, jour de saint Laurent, Emmanuel-Philibert de Savoie l'emporta à Saint-Quentin avec son cousin Philippe II d'Espagne, et tous deux firent un vœu : Philippe construisit l'Escurial en forme de gril, le duc, rentré à Turin, dédia au saint la chapelle du palais. Mais l'église qui vaut le voyage est celle qu'un siècle plus tard, à partir de 1668, Guarino Guarini, prêtre théatin et mathématicien, y construisit à l'intérieur, et qu'il consacra lui-même en 1680 : du dehors on ne la voit pas, parce que la façade ne fut jamais faite pour ne pas rompre la symétrie de la piazza Castello, et elle ressemble à un morceau de palais ; dedans, c'est la coupole la plus ingénieuse du baroque italien, huit arcs croisés qui forment une étoile et laissent passer la lumière, une idée prise à la mosquée de Cordoue.
À voir
La coupole, allongé ou presque : le plan est un carré qui devient octogone à la hauteur des colonnes, puis croix grecque aux pendentifs, puis cercle, et au-dessus les huit nervures s'entrelacent en étoile avec au centre un octogone ouvert et la lanterne à cinquante mètres du sol ; les huit fenêtres elliptiques entre les arcs, vues d'en bas, composent ce que les Turinois appellent la face du diable, avec les yeux et la bouche. La lumière croît en montant, par degrés, de l'obscurité de la vie mortelle à la lanterne : Guarini y a mis une théologie.
Le chœur elliptique avec la coupole cachée qui éclaire le maître-autel de 1680, derrière lequel Guarini dit la messe de consécration ; les chapelles latérales, avec le retable d'Andrea Pozzo dans celle du Crucifix et l'Immaculée où, à midi des équinoxes, un rayon de soleil entre par un trou et allume une fresque de Dieu le Père autrement invisible. À l'entrée, la vieille chapelle avec l'autel à douze marches de Vittone : ici en 1578 fut exposé pour la première fois à Turin le Suaire, avec saint Charles Borromée qui dit la messe et Torquato Tasso dans l'église, et dans la sacristie il y a un petit musée qui l'explique. Chaque jour à cinq heures et quart, la cloche frappe dix coups pour les dix divisions de la campagne de Russie.
La visite
L'église est piazza Castello, à côté du Palais royal, entrée libre aux horaires d'église avec fermeture à midi ; le musée du Suaire dans la sacristie a ses horaires, à l'offrande. Une demi-heure, mais la coupole demande du temps : apportez un petit miroir ou utilisez l'appareil photo du téléphone pointé vers le haut. Les messes sont fréquentes, et à ces moments on regarde sans circuler.
Le conseil de la rédaction
Si vous êtes à Turin fin mars ou fin septembre, entrez à midi et placez-vous devant la chapelle de l'Immaculée : le rayon arrive à l'heure et dure quelques minutes. Les autres jours, asseyez-vous sous la coupole et comptez les niveaux de lumière de bas en haut, comme le voulait Guarini : il y en a quatre, et au dernier la face du diable cesse de faire peur.
