L'abbaye de Santa Maria di Lucedio fut fondée dans le premier quart du douzième siècle, très probablement en 1123, par des moines cisterciens venus du monastère de La Ferté, près de Chalon-sur-Saône en Bourgogne. Le marquis Ranieri Ier de Montferrat leur donna des terres à assainir, alors marécageuses et couvertes de broussailles incultes, appelées locez : d'où le nom. L'abbaye fut bâtie comme une structure fortifiée et grandit pendant trois siècles, devenant l'un des lieux sacrés les plus liés à la dynastie aléramique, au point que de nombreux marquis voulurent y être enterrés.
À voir
À l'intérieur de l'enceinte se conservent des parties importantes du monastère médiéval : le clocher, insolite par son plan octogonal posé sur une base carrée antérieure, en gothique lombard ; le cloître ; la salle capitulaire du milieu du treizième siècle, avec des colonnes de pierre et des chapiteaux de facture haut-médiévale ; la salle des Convers, aux voûtes en berceau élancées reposant sur de basses colonnes. Les églises sont deux. L'ancienne abbatiale, des années du milieu du douzième siècle, menaçait ruine et fut abattue pour faire place à un édifice baroque construit entre 1767 et 1770 par le moine architecte Valente de Giovanni. La seconde est la dite église du peuple, de 1741, dessinée par Giovanni Tommaso Prunotto, collaborateur de Juvarra, et destinée aux familles paysannes qui habitaient Lucedio.
La visite
Le patrimoine de l'abbaye était énorme et organisé selon la méthode cistercienne : les terres étaient divisées en granges, et à la tête de chacune se tenait non pas un moine, déjà pris par ses heures de prière, mais un frère convers capable de la faire rendre. Les convers dirigeaient le travail de paysans libres et salariés et répondaient au cellérier, le moine qui administrait tout pour le compte de l'abbé. Parmi les abbés, il faut citer le bienheureux Oglerio da Trino, qui dirigea Lucedio de 1205 à 1214. En 1457 le monastère cessa de dépendre des cisterciens et devint commende des Paléologues ; en 1784 il passa à l'Ordre des Saints Maurice et Lazare et les moines restants, une dizaine désormais, furent transférés ailleurs. Napoléon le céda à Camillo Borghese, et en 1861 le domaine échut au Génois Raffaele de Ferrari, duc de Galliera, à qui les Savoie conférèrent le titre de prince de Lucedio : l'inscription Principato di Lucedio se lit encore sur le portail d'entrée.
Le conseil de la rédaction
Lucedio est aujourd'hui une exploitation agricole en pleine activité, et c'est là le point : les cisterciens vinrent assainir un marais, et le marais est devenu la rizière qui entoure encore les murs. Le cycle qu'ils ont lancé ne s'est jamais interrompu, il a seulement changé de propriétaire. Bien des légendes courent sur l'abbaye, de cryptes secrètes, d'abbés momifiés assis en cercle sur des trônes et d'une colonne qui pleure : ce sont des récits tardifs, nourris par l'atmosphère des cours et surtout de la salle capitulaire, et il vaut la peine de les connaître en sachant que ce sont des légendes. La chose vraiment à regarder est le clocher octogonal, qui ne ressemble à aucun autre dans la plaine.
