Pendant près de trois siècles, les Catanais ont cru deux choses de cet édifice : que saint Pierre en personne l'avait consacré à la Vierge, et que sa coupole avait servi de modèle au Panthéon de Rome. Les deux étaient fausses. Sous l'église se trouvaient des thermes romains, et c'est le prince de Biscari qui les a découverts.
À voir
Ces thermes sont parmi les plus lisibles de la Catane romaine, à quelques pas du théâtre antique et de l'odéon. L'installation est du premier ou du deuxième siècle et fut agrandie au troisième, quand la ville traversait une période riche. On reconnaît une grande salle absidée qui était le frigidarium ; à l'est le calidarium, où le sol a disparu et où restent debout les piles de briques qui le tenaient soulevé pour laisser courir l'air chaud dessous ; à l'ouest une pièce dallée de grandes plaques de marbre, dans laquelle quelqu'un a plus tard creusé des tombes en brisant le dallage ; au sud deux petites salles circulaires, peut-être des étuves, et un tepidarium. Au nord de l'église, dégagés par les fouilles de 2015, se trouvent un imposant castellum aquae relié à une branche de l'aqueduc romain et la cour entourée d'exèdres qui formait l'entrée principale du complexe.
Sur les thermes abandonnés, vers la fin du sixième siècle, les Byzantins bâtirent l'église Santa Maria della Rotonda : avec la chapelle Bonajuto, c'est l'une des très rares choses byzantines restées en ville. C'est un édifice carré contenant une salle circulaire de onze mètres de diamètre sous une coupole, et c'est la coupole qui lui donne son nom. L'église a été retournée trois fois : d'abord nord-sud, puis est-ouest après le tremblement de terre de 1169 qui en endommagea le chœur — de cette époque date le portail gothique en pierre de lave — et enfin de nouveau nord-sud, avec le portail Renaissance en calcaire. Tout autour, du neuvième au seizième siècle, il y avait un cimetière. Les bombardements de 1943 détruisirent l'église voisine de Santa Maria della Cava et emportèrent les merlons de la façade sud ; et la consolidation qui suivit, dirigée par Guido Libertini, sacrifia des structures ecclésiales et des fresques pour faire apparaître le romain. Ce qui reste est dans le chœur : un saint du douzième siècle, un saint Léon de Catane du siècle suivant avec une légende en caractères grecs, des traces d'une Annonciation, et à la base de la coupole les figures baroques de Pierre, Paul, Agathe, Lucie et des quatre évangélistes.
La visite
La visite se fait avec un billet, et l'on entre par les pièces à l'est de l'église, qui étaient la sacristie. Horaires et tarifs changent avec le temps ; mieux vaut donc les vérifier avant d'y aller ; le site est en grande partie à ciel ouvert, la pluie s'y fait sentir. Depuis que l'îlot nord a été dégagé, la coupole se voit aussi depuis la via dei Gesuiti. Trois quarts d'heure.
Le conseil de la rédaction
Allez vous placer au bord du calidarium et regardez vers le bas, non vers le haut. Ces petites colonnes de briques sont les suspensurae : elles portaient un sol suspendu, et dans le vide au-dessous courait l'air chaud du four. Vous regardez à l'intérieur d'un chauffage romain, et vous le regardez d'un point où personne ne se tenait : ceux qui venaient aux thermes marchaient sur ce sol et n'ont jamais vu ce que vous voyez. C'est le seul avantage qu'il y ait à visiter un édifice auquel on a retiré l'étage du dessus.
