Qu'une collection de cette ampleur soit restée entière, privée et dans le palais de ceux qui l'ont réunie n'est pas un heureux hasard : c'est le résultat d'un acte juridique. En 1651 Giambattista Pamphilj, devenu pape sous le nom d'Innocent X, lia les collections familiales dans un fidéicommis attaché au droit d'aînesse et en investit son neveu Camillo. Ce nœud a tenu près de quatre siècles. Le palais qui l'abrite, entre la via del Corso et la piazza del Collegio Romano, avait appartenu aux Della Rovere avant de passer aux Aldobrandini.
À voir
Une petite salle consacrée à un seul homme, avec deux portraits de lui dus aux deux plus grands portraitistes du siècle. Diego Velázquez peignit Innocent X en 1650, pour l'année sainte, et n'adoucit rien : le visage est laissé tel qu'il était, avec ce regard fixe qui semble vous suivre. Dans la même salle se trouve le buste du même pape sculpté par Gian Lorenzo Bernin. Il vaut la peine de passer de l'un à l'autre deux ou trois fois, car il est rare de pouvoir comparer d'aussi près deux façons de regarder le même visage.
La visite
La collection s'est formée de deux manières, par mariage et par achat. Trois ans avant le portrait, Camillo avait épousé Olimpia Aldobrandini, et avec elle arrivèrent le Double portrait de Raphaël, la Salomé de Titien, la Nativité du Parmesan, la Didon de Dosso Dossi et les lunettes aux Histoires de la Vierge d'Annibal Carrache. Les Caravage, eux, furent achetés sur le marché romain par la mère de Camillo, Olimpia Maidalchini, proche confidente et conseillère du pape : on voit aujourd'hui le Repos pendant la fuite en Égypte, la Madeleine pénitente et le Saint Jean-Baptiste.
Le conseil de la rédaction
En comptant les Caravage, souvenez-vous qu'il en manque un. Ils étaient quatre au départ, mais en 1665 La Diseuse de bonne aventure fut offerte à Louis XIV et se trouve aujourd'hui au Louvre. Le détail dit comment fonctionnaient ces collections : le fidéicommis pouvait empêcher les héritiers de vendre, mais non un prince de faire un cadeau diplomatique. Le reste a tenu, et celle-ci demeure l'une des plus grandes collections d'art privées de Rome, avec celles des Colonna et des Pallavicini-Rospigliosi.
