Le cardinal vénitien Pietro Barbo, neveu d'Eugène IV et futur pape Paul II, le fit édifier à partir de 1455, sur un point choisi avec soin : à côté de la basilique San Marco, sur l'antique via Lata, près du Capitole. À la différence des résidences cardinalices médiévales, nées de l'agrégation irrégulière de bâtiments divers, celui-ci fut pensé d'un seul tenant dès le départ, et il compte parmi les premiers grands palais civils de la Renaissance romaine. Il fut bâti aussi avec du matériau antique : l'emploi de travertin récupéré au Colisée et au théâtre de Marcellus est documenté.
À voir
Qui l'a dessiné reste une question ouverte. Le projet a été attribué à Leon Battista Alberti, qu'une partie de la critique tient pour l'inspirateur théorique du plan unitaire ; à Giuliano da Maiano, qui est assurément l'auteur du grand portail principal ; et, aux dix-neuvième et vingtième siècles, à Bernardo Rossellino également, bien que sa mort, survenue alors que le chantier était encore en cours, rende improbable une intervention de sa part dans les phases avancées. La critique d'aujourd'hui tend en revanche à reconnaître un rôle central à Francesco del Borgo. À côté des architectes travaillèrent le marbrier Jacopo da Pietrasanta et des ouvriers lombards et comasques conduits, selon Giuseppe Merzario, par Manfredo di Antonio di Como. Le cœur à voir est la cour avec sa loge à deux ordres d'arcades ; le Palazzetto qui s'élevait à côté fut en revanche démoli et remonté à un autre endroit.
La visite
L'édifice a changé de maître en même temps que la carte de l'Europe. En 1564 Pie IV le concéda à la République de Venise pour qu'elle y tînt en permanence ses ambassadeurs auprès du Saint-Siège : depuis lors il s'appelle Palazzo Venezia, et pendant plus de deux siècles il fut le centre de la politique vénitienne dans la Rome des papes, l'une des premières ambassades permanentes de la ville. La République finie, le palais passa à l'Autriche, qui en hérita aussi la représentation diplomatique et le garda plus d'un siècle. Pendant les soulèvements du milieu du dix-neuvième siècle des patriotes tentèrent de l'occuper, le tenant pour un symbole de la domination autrichienne, et selon le mémorialiste Raffaello Barbiera le poète Francesco Dall'Ongaro y aurait affiché un écriteau portant l'inscription Palazzo della Dieta Italiana. En 1916, en pleine guerre, l'État italien l'expropria.
Le conseil de la rédaction
Levez les yeux vers le balcon sur la place. À la fin des années vingt Mussolini y transféra son quartier général politique et installa son bureau dans la Sala del Mappamondo, la salle du grand globe ; une tradition très répandue sous le régime voulait que la lumière restât toujours allumée, pour signifier que le chef du gouvernement veillait. De ce balcon il annonça à la foule la proclamation de l'Empire après la conquête de l'Éthiopie, la sortie de l'Italie de la Société des Nations et l'entrée dans la seconde guerre mondiale. Et dans ce même palais, la nuit du 24 au 25 juillet 1943, le Grand Conseil du fascisme approuva l'ordre du jour Grandi qui entraîna la chute de Mussolini.
