Ce que l'on voit n'est qu'une petite partie d'une propriété qui comptait trois vignes, réunie par Jules III, humaniste cultivé et amateur d'art, pour s'y faire une résidence hors les murs. Le bâtiment est de Jacopo Barozzi da Vignola, entre 1551 et 1553 ; le nymphée et les ouvrages du jardin sont de Bartolomeo Ammannati ; Michel-Ange lui aussi fournit un projet pour le casino, et Giorgio Vasari, qui soutient avoir été le premier à dessiner et à inventer toute la Vigna Julia, dirigea sans doute l'ensemble du décor. Les rapports entre le pape et l'équipe des artistes passaient par son maître de chambre. Jules III mort, son successeur Paul IV confisqua tous les biens que ce pape avait rassemblés : la villa fut partagée et finit à l'usage des neveux du pontife suivant.
À voir
Une villa suburbaine était un seuil entre deux mondes : d'un côté l'entrée urbaine sur la via Flaminia, de l'autre le jardin. La façade sur rue est sévère et rectiligne, l'arrière se creuse en demi-cercle, et les jardins sont trois, sur des niveaux différents. Le cœur se tient plus bas : le nymphée, où l'on mangeait à l'abri du soleil et où les fêtes duraient la journée entière, disposé sur trois étages de loggias avec statues et balustrades autour de la fontaine aux divinités fluviales et aux cariatides dessinée par Vasari et Ammannati. Pour la faire marcher, la villa reçut une dérivation souterraine de l'Acqua Vergine rien que pour elle, l'aqueduc même qui alimente la fontaine de Trevi ; plus tard le quartier en profita aussi, grâce à deux fontaines-abreuvoirs placées à l'entrée de la rue.
La visite
En 1769 Clément XIV fit restaurer l'édifice et le donna à l'armée : casernement, magasins, et même un lazaret. L'École vétérinaire s'y installa également, et pour sa commodité on ouvrit un accès en pente pavée descendant à la fontaine basse du nymphée, où l'on abreuvait les chevaux. Avec la prise de Rome le bâtiment passa à l'État italien et commença à recueillir le matériel qui sortait des fouilles entre les monts Cimini et le Tibre ; en 1889 naquit le musée, chargé de réunir en un seul lieu les antiquités préromaines du Latium, de l'Étrurie méridionale et de l'Ombrie, étrusques et falisques. Dans les années trente on ajouta deux ailes extérieures, et dans la cour ainsi obtenue se dresse la reproduction d'un temple étrusque : elle n'est pas antique.
Le conseil de la rédaction
La pièce la plus célèbre est le Sarcophage des Époux, un monument funéraire de terre cuite avec un couple presque grandeur nature, étendu dans la pose du banquet. Mais regardez aussi les lamelles de Pyrgi, un texte en étrusque et en phénicien ; l'Apollon de Véies ; la ciste Ficoroni, un coffret à bijoux de bronze ; l'olpé Chigi ; et le haut-relief du fronton du temple A de Pyrgi avec les Sept contre Thèbes, où Tydée mange la cervelle de Mélanippe. Et gardez en tête comment on venait ici : les invités du pape montaient en barque aux portes du Vatican, remontaient le Tibre jusqu'au débarcadère réservé de la villa et passaient la journée dans le nymphée. Un peu plus de deux siècles après, dans ce même nymphée, descendaient les chevaux.
