Au-dessus du portail court encore l'inscription latine de l'ancienne église : en octobre 1188, Oberto Spinola et ses fils Guidone, Ingone, Oberto, Guglielmo, Nicola, Giovanni et Bonifacio fondèrent cette église. Spinola, plusieurs fois consul de Gênes, la fit bâtir sur un terrain de son gendre Oberto Grimaldi et obtint du pape le statut de paroisse gentilice des deux familles : San Luca appartient encore aux Spinola. Au XVIIe siècle, l'édifice médiéval ne suffisait plus et fut entièrement reconstruit entre 1626 et 1650 ; un contrat retrouvé aux Archives d'État a retiré le projet au décorateur Carlo Mutone pour l'attribuer à Bartolomeo Bianco.
À voir
Du dehors, l'église dit peu de chose : une façade à redents sur un élargissement de la via San Luca, une corniche à bas-reliefs entre deux pilastres corinthiens, un portail à tympan de marbre, une lunette au-dessus et la coupole à lanterne sur la croisée. À l'intérieur, tout change. Le plan est en croix grecque et les voûtes portent le cycle que Domenico Piola peignit dans la dernière décennie du XVIIe siècle avec son fils Paolo Gerolamo et avec Antonio Maria Haffner, auteur des architectures feintes : le Couronnement de la Vierge dans la coupole, Jaël, Judith, Job et le Fils prodigue dans les pendentifs, des scènes de la vie de saint Luc dans le chœur et sur la voûte de la nef, des Vertus en grisaille au revers de la façade.
Sur le maître-autel, dessiné par Daniello Solaro en 1649, se tient l'Immaculée aux anges de Filippo Parodi, en marbre blanc de Carrare ; du même Parodi vient le Christ mort en bois de 1680, peint par Piola. L'Adoration des bergers du Grechetto, de 1645, est le tableau que Ratti tenait pour la plus belle œuvre que nous ayons de lui. S'y ajoutent le crucifix de bois de Francesco Fanelli, de 1609, et un reliquaire-tabernacle du XVe siècle venu de l'église médiévale, placé derrière l'abside.
La visite
La piazza San Luca n'est guère plus qu'un élargissement de la rue, au milieu des caruggi entre la via di Fossatello et la via del Campo : l'ancien carrubeus rectus, la voie par laquelle on entrait dans Gênes par l'ouest. On y arrive à pied par la via San Luca et l'on ne voit la façade que de biais, tant l'espace est étroit. L'église est à la fois paroisse et propriété de la Fondazione Spinola, qui en assure l'entretien depuis 2009, occupe l'ancienne loggia et y organise des concerts : un soir de concert reste la meilleure occasion de regarder les fresques avec les lumières allumées.
Le conseil de la rédaction
Levez les yeux vers la coupole : en août 1943, les bombes incendiaires ont carbonisé l'armature de bois noyée dans la maçonnerie, et ce que l'on voit aujourd'hui résulte de deux restaurations, l'une après la guerre, l'autre achevée en 2004. Demandez ensuite à la sacristie le couloir qui mène derrière l'abside, où se trouve le reliquaire du XVe siècle : après l'inscription du portail, c'est la pièce la plus ancienne de l'église.
