La première fois que le village apparaît dans un document, en 1335, c'est pour une obligation: des annexes aux statuts de Côme assignent à Griante l'entretien du tronçon de la via Regina compris entre la vallée du torrent de Carono et le champ de Pozollo. Au seizième siècle c'était un burg, un groupe de maisons qui au besoin se refermait en citadelle; les guerres menées par les Français et les Espagnols pour le Lario l'ont emporté. Sur la carte du duché de Milan peinte à fresque dans la galerie des Cartes, au Vatican, le village est écrit Griano. Et le 22 janvier 1619 une barque chargée de pierres de Moltrasio coula devant Cadenabbia, sans laisser la moindre trace.
Cadenabbia, le hameau sur l'eau, est devenue au dix-neuvième siècle une adresse. Stendhal y a situé des pages de la Chartreuse de Parme; les éditeurs Ricordi y avaient une villa, et la tradition veut que Verdi y ait écrit des airs de la Traviata; Longfellow lui a dédié des vers. Y ont séjourné la reine Victoria, le tsar Nicolas II, le kaiser Guillaume II, et Konrad Adenauer y revenait chaque été, si bien qu'on lui a donné la citoyenneté d'honneur puis une statue. À la communauté anglaise qui s'installa ici à la fin du siècle on doit l'église anglicane de l'Ascension, bâtie entre 1890 et 1891. Il y a aussi une église qui n'est pas ce qu'on en dit: San Giuseppe passe pour avoir été édifiée en 1600 par un marchand, représenté sur le tableau d'autel avec la sainte famille, mais le bâtiment est de la deuxième décennie du vingtième siècle, et sur le tableau, à côté de la famille de Nazareth, il y a deux saints.
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