Les Milanais l'appellent le gratte-ciel à bretelles, pour les tirants obliques qui soutiennent la tête large sur le corps étroit, et ils ont mis un demi-siècle à décider qu'ils l'aiment. La Torre Velasca fut dessinée par le Studio BBPR, les quatre architectes qui avaient fait le Milan rationaliste avant la guerre et le monument aux morts des camps après, sous la direction d'Ernesto Nathan Rogers : pensée dès 1950 comme un gratte-ciel d'acier et de verre à l'américaine, elle devint, faute d'acier, une tour de béton à la peau de granulat rose, et par choix une tour lombarde, avec la forme en champignon des tours médiévales et de celle du Filarete au Château. Elle fut construite en deux cent quatre-vingt-douze jours, en 1957, sur les vides des bombardements.
À voir
On la regarde de l'extérieur, parce qu'à l'intérieur il y a des bureaux et des logements : vingt-six étages, cent six mètres, avec les commerces au sol, les bureaux dans les dix-sept premiers étages, et à partir du dix-huitième, là où le corps s'élargit sur les étais, les appartements aux fenêtres placées apparemment au hasard, toutes de même taille mais mises là où il le fallait, et des balcons encastrés qui cassent la grille. Portoghesi les appela des décoiffages. Le critique anglais Reyner Banham écrivit que c'était la retraite italienne de l'architecture moderne, Bianciardi la traita de grosse tour, et Stefano Boeri, soixante ans plus tard, d'invention d'une architecture nouvelle : le débat, c'est la tour elle-même.
Depuis 2011, c'est un monument protégé, et entre 2021 et 2024 le nouveau propriétaire américain l'a restaurée entièrement, extérieurs et intérieurs, et a fait de la piazza Velasca un espace piéton de porphyre : aujourd'hui on la voit propre, dans son rose d'origine, et éclairée le soir. Gino Bramieri y a vécu dans un attique avec vue sur le Duomo, et l'équipe de football du quartier en a fait son blason.
La visite
La tour est piazza Velasca, à la sortie du métro Missori, à trois minutes du Duomo vers le corso di Porta Romana ; elle ne se visite pas, mais au rez-de-chaussée il y a des cafés et des boutiques ouverts à tous. La bonne façon de la voir est depuis les terrasses du Duomo, où elle surgit entre les flèches, ou depuis la via Larga, où l'on comprend le champignon. Qui veut y monter doit connaître quelqu'un qui y habite.
Le conseil de la rédaction
Ne vous arrêtez pas sur la place : éloignez-vous le long du corso di Porta Romana jusqu'à ce que la tour apparaisse au bout de la rue, au-dessus des toits, et essayez de la voir comme une tour du Castello Sforzesco faite après la guerre. Puis entrez dans le Duomo et montez sur le toit : de là-haut, avec les flèches au premier plan et la Velasca derrière, il est clair que les BBPR parlaient avec elles.
