Le Castello Sforzesco est né deux fois. D'abord comme château de Porta Giovia, forteresse construite entre 1368 et 1370 par Galéas II Visconti à cheval sur les remparts de la ville, puis agrandie par ses successeurs jusqu'à former un carré de 200 mètres de côté, avec quatre tours d'angle et des murs d'enceinte épais de sept mètres. Détruite en 1447 par la République ambrosienne, elle fut relevée à partir de 1450 par Francesco Sforza, le capitaine de fortune qui avait épousé Bianca Maria Visconti et conquis le duché.
Avec Ludovico il Moro, à partir de 1494, le château abrita l'une des cours les plus fastueuses d'Europe : Léonard de Vinci peignit à fresque plusieurs salles de l'appartement ducal et Bramante travailla pour le duc. Aux XVIe et XVIIe siècles, il fut l'une des principales citadelles militaires du continent ; puis, entre 1890 et 1905, Luca Beltrami le restaura dans un style historiciste et en fit ce qu'il est aujourd'hui : un ensemble de musées et d'institutions culturelles, et l'un des symboles de Milan avec le Dôme.
À voir
La pièce la plus célèbre est la Sala delle Asse, où Léonard peignit en 1498 des entrelacs végétaux chargés de fruits et des monochromes de racines et de rochers : une tonnelle en trompe-l'œil au milieu d'une forteresse. De la décoration du XVe siècle subsiste aussi la chapelle ducale, à laquelle travailla Bonifacio Bembo, tandis qu'il ne reste rien du colossal monument équestre à Francesco Sforza, détruit par les soldats français avant même d'être achevé.
La tour d'entrée porte le nom du Filarète, l'architecte engagé en 1452 avec Jacopo da Cortona pour la tour médiane : il se brouilla vite avec les ingénieurs milanais, qu'il rabaissait en les traitant de maçons. L'originale s'effondra en 1521, quand la poudre à canon qu'on y conservait explosa par accident ; la tour actuelle est le fruit de la reconstruction de Beltrami.
La visite
Parmi les plus grands châteaux d'Europe, l'ensemble se visite de cour en cour, et chacune donne la mesure de la forteresse et de la cour ducale. Un détail dit tout de l'entreprise du chantier sforzesque : la chaux partait de Mergozzo et arrivait à Milan après plus de 110 kilomètres de navigation sur le Toce, le lac Majeur, le Tessin et enfin le Naviglio Grande. Pour financer les travaux, Francesco Sforza imposa à toutes les villes du duché une taxe sur le charroi.
Le conseil de la rédaction
Traverse le château de part en part : on entre par la tour tournée vers la ville et on ressort à l'arrière, directement dans la verdure du Parco Sempione. Et en observant créneaux et donjons, pense à Moscou : en 1485, l'architecte Pietro Antonio Solari travaillait au Kremlin, et la ressemblance entre les deux forteresses a des racines milanaises qui n'ont rien de fortuit.
