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⛪ Églises et sanctuaires

Cattedrale di San Gerlando

📍 Agrigento, Sicile · 65/100

Depuis le presbytère, on entend parfaitement une voix chuchotée au portail d'entrée, 85 mètres plus loin ; dans l'autre sens, le phénomène ne marche pas. Le portavoce de la cathédrale d'Agrigente n'a été conçu par personne : c'est le sous-produit acoustique de neuf siècles de chantiers superposés. L'église est née avec la reconquête normande, commencée aussitôt après la prise de la ville en 1087 et achevée en 1094, alors que le diocèse venait d'être refondé et confié à Gerland de Besançon, cousin du grand comte Roger et évêque à partir de 1088. Le vocable de saint Gerland n'est venu qu'en 1315.

À voir

L'église occupe le point le plus haut et le plus occidental de la colline ; on y monte par un escalier de cinq volées, bordé de piliers de tuf accouplés. Sur le parvis se dresse le clocher resté inachevé : Giovanni Montaperto Chiaramonte l'avait entrepris en 1470, chanoine ici puis évêque de Mazara del Vallo, et sa face sud conserve des fenêtres aveugles de goût plateresque ainsi que les armes de la famille, aujourd'hui érodées. La façade, en moellons de tuf sur deux ordres, s'ouvre d'un grand oculus et d'un portail de marbre Renaissance ; le flanc droit aligne la tour de l'horloge et du cadran solaire, la chapelle Saint-Gerland et les absides. Le tout repose sur un éperon friable qui a cédé plus d'une fois : en 1198, l'édifice est signalé comme effondré, et après une énième reconstruction il fut reconsacré en 1248.

À l'intérieur, le plan est en croix latine, avec trois nefs où les raccords entre chantiers se lisent à l'oeil nu : arcs brisés sur piliers octogonaux vers l'entrée, arcs en plein cintre sur colonnes vers le transept, où le XVIIe siècle espagnol a ajouté les absides et une fausse coupole peinte en trompe-l'oeil, avec les Vertus cardinales de Michele Blasco, auteur également du Paradis dans le cul-de-four. Au-dessus de la nef centrale court la charpente peinte entre 1511 et 1514, avec des saints, des personnages bibliques et des mascarons, à côté d'un plafond à caissons du XVIIe siècle portant l'aigle bicéphale de Charles Quint. La nef droite conserve l'urne d'argent de saint Gerland, exécutée par Michele Ricca en 1639 ; la chapelle De Marinis abrite le monument funéraire de Gaspare de Marinis, sculpté en 1493 par Giovanni Gagini et Andrea Mancino. Dans l'abside se trouve l'orgue Mascioni opus 463, monté en 1933, avec 49 jeux sur trois claviers.

La visite

La cathédrale ferme le haut de la vieille ville : depuis la via Atenea, il faut une dizaine de minutes de montée par des ruelles en pente, tandis que la Vallée des temples est tout autre chose, plus bas et à quelques kilomètres. Les horaires suivent la vie liturgique et méritent d'être vérifiés avant de monter, car l'accès n'est revenu que par étapes : le 25 février 2011, la cathédrale a été déclarée dangereuse en raison de la friabilité de l'éperon et fermée au public, San Domenico assurant l'intérim ; après les travaux de consolidation du rocher, elle est de nouveau entièrement accessible depuis 2019. Comptez trois quarts d'heure pour l'intérieur.

Le conseil de la rédaction

Le portavoce se teste : placez-vous dans le presbytère et faites parler à voix basse quelqu'un resté au portail, de préférence quand l'église est vide, car le bruit d'un groupe couvre tout et le petit matin reste le meilleur moment. Nous conseillons aussi d'emporter des jumelles pour le plafond : les figures de la charpente du XVIe siècle sont très haut, et à l'oeil nu on perd les mascarons, qui sont la partie la plus amusante du décor.

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