Le Prato della Valle est la plus grande place d'Italie et cette église la ferme comme une montagne : huit coupoles de plomb, une façade de brique jamais achevée avec deux griffons romans devant, et à l'intérieur une nef de plus de cent mètres, la septième église d'Italie par la taille. C'est l'abbaye où les bénédictins, après que Ludovico Barbo les eut réformés au quinzième siècle, créèrent la Congrégation cassinienne qui gouverna les monastères de la moitié de l'Europe, et où reposent sainte Justine, martyrisée en 304 et enterrée ici, et, dit une tradition médiévale, saint Luc l'évangéliste. Les travaux commencèrent en 1501 et s'achevèrent avec la consécration de 1606 : à Padoue, pour dire que quelqu'un est lent, on dit encore qu'il est long comme la fabrique de Santa Giustina.
À voir
L'espace, avant tout, avec la lumière qui entre par les coupoles sans tambour et un pavement de marbres jaunes, blancs et rouges à dessins géométriques qui ressemble à un tapis. Sur le maître-autel, en pierres dures et nacre des Corbarelli, le Martyre de sainte Justine de Paul Véronèse, et derrière le chœur de bois sculpté du seizième siècle, l'un des plus beaux de Vénétie, avec les histoires bibliques dans les dossiers. Dans le transept gauche, l'arche de saint Luc de 1313, en marbre vert et albâtre sur colonnettes, surmontée de la Madone de Constantinople que la tradition dit peinte par Luc lui-même ; dans le transept droit, la chapelle de saint Matthias.
La partie la plus ancienne est cachée : du transept on passe dans le Corridor des Martyrs et dans le sacellum de saint Prosdocime, premier évêque de Padoue, un morceau de la basilique du sixième siècle avec la clôture de marbre d'origine, et dans le Vieux Chœur. Dans les douze chapelles latérales, le dix-septième siècle vénitien : Luca Giordano avec le Martyre de saint Placide, Sebastiano Ricci avec Grégoire le Grand qui arrête la peste, les autels marquetés des Corbarelli. L'abbaye tout autour, avec ses cloîtres, est encore aux moines et en partie à l'armée.
La visite
La basilique est au fond du Prato della Valle, à dix minutes du Santo ; l'entrée est libre, aux horaires d'église avec une pause à midi, et le dimanche matin pour les messes. Les moines proposent des visites guidées des lieux fermés, sacellum et cloîtres, à jours fixes ; la boutique de l'abbaye vend les produits des bénédictins. Une heure, plus avec le Prato.
Le conseil de la rédaction
N'entrez pas par la porte centrale : faites le tour jusqu'au Prato, asseyez-vous au bord du canal et regardez l'église quelques minutes, avec les statues de l'île devant et les coupoles derrière ; puis entrez, et allez tout de suite au sacellum de saint Prosdocime, le lieu le plus ancien de Padoue, où le seizième siècle n'est pas arrivé. Le reste de la basilique, ensuite, semble construit hier.
