🏰 Châteaux et palais

palazzo della Ragione

📍 Padova, Vénétie · 66/100

Les Padouans l'appellent le Salone, et c'est tout : une salle de quatre-vingts mètres sur vingt-sept, sans une colonne, sous un toit en carène de navire renversée que frère Giovanni degli Eremitani posa sur le palais des tribunaux au quatorzième siècle, et qui pendant des siècles fut la plus grande salle sans piliers du monde. Le palais date de 1218, et dessous il a encore le plus vieux marché couvert d'Europe, avec les boutiques de charcuterie et de fromage qui sont là depuis huit cents ans, entre la piazza delle Erbe et la piazza della Frutta. Au-dessus, Giotto peignit les voûtes à fresque ; un incendie en 1420 détruisit tout, et les Vénitiens refirent la salle unique et la firent repeindre avec le plus grand cycle astrologique qui existe, plus de trois cents scènes : depuis 2021 il est patrimoine mondial avec les autres fresques du quatorzième siècle de Padoue.

À voir

Les fresques, en trois bandes le long des quatre murs, sur plus de deux cents mètres : les douze mois introduits par les apôtres, avec les signes du zodiaque, les planètes, les constellations et les métiers et les caractères que les astres assignent à ceux qui naissent sous eux, selon les théories de Pietro d'Abano, le médecin et astrologue de l'université. C'est un cadran solaire : à l'aube la lumière entre et frappe le signe du mois en cours, et à midi un rayon passe par la bouche du soleil d'or du mur sud et tombe sur la méridienne tracée au sol. En bas, les vertus, les saints de Padoue et les disques avec les animaux qui étaient les symboles des juges, pour que celui qui ne savait pas lire trouve son tribunal.

Dans un angle, le cheval de bois, haut de presque six mètres, copie Renaissance du Gattamelata de Donatello faite en 1466 pour une parade des Capodilista, que Vasari prit pour une œuvre de Donatello lui-même ; la pierre du Vitupère, le siège noir où les débiteurs faillis devaient s'asseoir trois fois en chemise et caleçon devant la foule pour être libérés de leurs dettes et expulsés de la ville ; le pendule de Foucault suspendu à la carène ; la pierre tombale romaine attribuée à Tite-Live. Dehors, sous le Volto della Corda, où l'on fouettait les tricheurs, les mesures padouanes sculptées dans la pierre, et les loges d'où l'on regarde les deux places et le marché.

La visite

Le Salone est au centre exact de Padoue, entre les deux places du marché, à cinq minutes du Dôme ; on monte par les escaliers d'angle, avec le billet des musées municipaux, compris dans la Padova card, fermé le lundi et les jours de montage des expositions, qui l'occupent souvent. Une heure, plus avec le marché dessous. Le matin est le bon moment, avec les étals et la lumière de l'aube sur les fresques.

Le conseil de la rédaction

Trouvez votre mois sur les murs, en partant du Bélier dans l'angle de la piazza delle Erbe, et lisez quel métier et quel caractère les astres vous assignent : c'est le jeu que les Padouans font depuis six siècles. Puis descendez au marché et achetez un sandwich à la soppressa à un étal qui a l'âge du palais : on mange mieux sous le Salone que dans n'importe quel restaurant alentour.

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