La place a pris forme avec le Trident et a reçu son aspect actuel en pleine époque baroque. Jusqu'au dix-septième siècle elle était la platea Trinitatis, et sa partie nord s'appelait place de France, à cause du patronage que cette nation exerçait sur l'église au sommet de l'escalier ; le nom que nous employons aujourd'hui vient en revanche du palais d'Espagne, siège de l'ambassade ibérique auprès du Saint-Siège depuis 1622, et s'est imposé surtout dans la seconde moitié du dix-huitième siècle. Vue d'en haut, la place est faite de deux triangles qui se touchent par la pointe, comme deux ailes de papillon.
À voir
Au centre se tient la fontaine de la Barcaccia, du premier baroque, œuvre de Pietro Bernini et de son fils Gian Lorenzo. Un peu plus loin s'élève la colonne de l'Immaculée Conception, dressée après la proclamation du dogme à la volonté de Ferdinand II des Deux-Siciles, en remerciement d'un attentat auquel il avait échappé ; chaque année les pompiers montent avec leurs échelles pour déposer des fleurs au pied de la statue. Du côté de la via Frattina se dresse le palais de Propaganda Fide : la façade principale est de Bernini, la façade latérale de Francesco Borromini.
La visite
L'escalier compte 136 marches et fut inauguré par Benoît XIII pour le jubilé de 1725, après des générations de discussions longues et vives sur ce qu'il fallait faire de la pente raide du Pincio. Alessandro Specchi comme Francesco De Sanctis présentèrent un projet, et ce fut celui de De Sanctis qui l'emporta : un grand escalier rompu en terrasses-jardins, qui se remplissent d'azalées au printemps. Il fut dessiné de manière que l'effet de scène croisse à mesure qu'on approche, comme l'aimait l'architecture baroque avec ses longues perspectives venant buter contre un fond monumental. L'ouvrage tenait à cœur aux souverains français depuis le milieu du dix-septième siècle et ce fut l'argent français qui le paya ; l'inscription de marbre, pourtant, l'attribue au legs du diplomate Etienne Gueffier et non à la famille régnante.
Le conseil de la rédaction
Regardez les deux angles au pied de l'escalier. À droite se trouvait la maison où John Keats vécut et mourut en 1821, aujourd'hui un musée qui lui est consacré ainsi qu'à son ami Percy Bysshe Shelley ; à gauche le salon de thé Babington's, ouvert à la fin du dix-neuvième siècle. Et lisez les noms des rues alentour, car ils disent encore ce qu'a été cette place : elle se remplit d'hôtels et d'auberges pour les voyageurs qui entraient dans Rome par la porta del Popolo, et la via delle Carrozze toute proche s'appelle ainsi parce qu'on y gardait les voitures que les aubergistes louaient à leurs clients. Goethe, passant par ici à la fin du dix-huitième siècle, vit creuser les fondations de l'obélisque que l'on allait dresser là-haut, et nota que le terrain, à cet endroit, n'est rien d'autre que du matériau apporté des ruines des jardins qui avaient appartenu à Lucullus puis aux Césars.
