Les Gallerie nazionali d'arte antica sont un musée partagé entre deux palais : le palais Barberini alle Quattro Fontane et le palais Corsini alla Lungara. Le premier fut bâti pour le pape Urbain VIII et achevé en 1633, en agrandissant un édifice antérieur des Sforza ; il fut dessiné par Carlo Maderno, déjà âgé, aidé de Francesco Borromini, et à la mort de Maderno le chantier passa à Gian Lorenzo Bernini. Le second, autrefois palais Riario, est du quinzième siècle et fut remanié au dix-huitième par Ferdinando Fuga pour le cardinal Neri Maria Corsini.
À voir
Au piano nobile, le grand salon a un plafond peint à fresque par Pietro da Cortona avec le Triomphe de la Divine Providence, réalisé pour glorifier la famille du pape et construit sur une perspective par en dessous qui crève le toit. Mais la pièce maîtresse de l'architecture, ce sont les deux escaliers qui se font face dans les deux ailes : l'escalier d'honneur du Bernin, à plan carré, et l'escalier hélicoïdal de Borromini, qui est une tout autre idée de la montée. La collection réunit Caravage, Raphaël, le Bernin, Fra Angelico, Filippo Lippi, Lotto, Holbein, El Greco, Titien, Tintoret, Rubens et Tiepolo.
La visite
Le palais eut aussi un théâtre, adossé au côté nord et doté d'une entrée indépendante, où l'on donnait des opéras sur des livrets de Giulio Rospigliosi, qui deviendrait pape par la suite. Pour l'inauguration de la grande salle, les décors et les machines furent conçus et construits par le Bernin, qui inventa pour l'occasion un intermède. Cela vaut la peine d'y penser en regardant son escalier : le même homme dessinait les escaliers des palais et les trucs de la scène.
Le conseil de la rédaction
La collection que l'on voit ici n'est pas celle des Barberini, et il vaut la peine de savoir pourquoi. Les fonds de la famille étaient tenus par un fidéicommis, le lien juridique qui en empêchait le démembrement ; le 26 avril 1934, un décret royal l'abolit en échange de seulement 16 tableaux sur environ 640, et la collection se dispersa, en bonne partie à l'étranger, vers les États-Unis qui, ces années-là précisément, construisaient leurs propres musées. S'en allèrent un Dürer, deux Caravage, la Mort de Germanicus de Poussin, les très rares tablettes du Maître des Tables Barberini. Le seul effet heureux fut le scandale, assez gros pour rendre inévitables de nouvelles règles de protection. Et il y a la suite, presque comique : une grande partie du palais était louée depuis 1934 au cercle des officiers des forces armées, qui ne partit pas à l'échéance du bail, si bien que pendant des décennies la galerie ne put exposer qu'un cinquième de ses fonds. Le palais ne lui fut entièrement attribué qu'en 2006.
