Edoardo Chiossone, graveur né à Arenzano et formé à Florence, arriva au Japon en 1875 pour diriger l'imprimerie impériale des papiers-valeurs de Tokyo et y resta vingt-trois ans, jusqu'en 1898. C'étaient les années où le système féodal se défaisait et où les familles aristocratiques ruinées vendaient des objets gardés chez elles depuis des siècles; Chiossone, estimé par l'élite politique et culturelle du pays, acheta sans relâche et réunit quelque 15 000 pièces. Il les légua par testament à la ville de Gênes, où elles arrivèrent dans une centaine de caisses en 1899. D'abord montrées au Palazzo dell'Accademia, sur la piazza De Ferrari, elles ont trouvé leur siège définitif à la Villetta Di Negro, dans un bâtiment dessiné par Mario Labò et poursuivi par Giorgio Olcese, ouvert au public le 7 mai 1971.
À voir
Le parcours permanent commence dans la grande salle du rez-de-chaussée et se poursuit dans les galeries 1, 2 et 5. La section bouddhique est la plus forte: petite statuaire de bronze du VIIIe au XVIIIe siècle, sculptures monumentales de l'époque Edo, bois laqués et un nécessaire rituel du Shugendō, la secte syncrétique des ascètes de montagne, avec clochette, vajra, roue de la loi et la série des six coupes. On distingue les figures d'un coup d'œil: les Nyōrai aux gestes des mains, les Bosatsu aux bijoux et à la haute coiffure, les Myō-ō à l'auréole de flammes et aux bras multipliés, les Shitennō à l'armure et au démon piétiné.
La galerie 5 est entièrement consacrée aux armures: douze harnois complets, avec casques et masques de guerre, du XVIe au XIXe siècle. À côté, les sabres sont rangés par ancienneté, du jōkotō droit des tumulus Kofun au tachi courbe accompagné du poignard, jusqu'au katana avec le wakizashi. La pièce la plus curieuse se trouve pourtant dans la vitrine 2: un miroir de bronze des Ve-VIe siècles qui associe symboles taoïstes et bouddhiques, offert à Chiossone en 1881 par Saisho Atsushi, préfet d'Ōsaka. Son jumeau, exhumé près du temple Kongōrin-ji, est conservé au Musée national de Kyōto et figure parmi les Biens culturels importants du Japon.
La visite
Le musée occupe la Villetta Di Negro, le parc au-dessus de la piazza Corvetto: on monte par rampes et escaliers entre grottes artificielles et cascades, l'entrée est tout en haut. Après la fermeture entamée en septembre 2021 pour la réfection des installations et la mise en accessibilité, il a rouvert fin juin 2023, terrasse panoramique remise à neuf comprise. Les galeries 3 et 4 accueillent des expositions tournantes: estampes, peintures et textiles ne supportent pas l'accrochage permanent, ils sortent des réserves à tour de rôle et ce qu'on voit change de saison en saison.
Le conseil de la rédaction
Nous conseillons de garder un quart d'heure pour la terrasse, à la fin du parcours: elle regarde les toits de la vieille ville et c'est la meilleure façon de laisser décanter les armures. Et si une exposition temporaire est en cours, nous entrons d'abord dans les galeries 3 et 4: les estampes sur bois quittent rarement les réserves, autant les voir quand elles sont dehors.
