Une façade de briques qui ondule, concave, convexe et de nouveau concave, dans une ville tracée à la règle : le Palazzo Carignano rompt exprès l'ordre des rues savoyardes. Il fut voulu par Emmanuel-Philibert de Savoie-Carignan, dit le Muet, prince d'une branche cadette aux ambitions sur le duché, qui le confia à Guarino Guarini, le père théatin qui construisait alors aussi à Turin San Lorenzo et la chapelle du Saint-Suaire. Le chantier s'ouvrit en 1679. Ici naquit en 1820 Victor-Emmanuel II, et ici, en 1861, fut proclamé le royaume d'Italie.
À voir
La façade sur la piazza Carignano est le seul exemple d'architecture civile qui adopte le rythme ondulé inventé par Borromini pour San Carlo alle Quattro Fontane à Rome ; au-dessus des fenêtres de l'étage noble, les décors en terre cuite rappellent la campagne de 1667 menée au Canada par le régiment de Carignan-Salières contre les Iroquois. La grande frise portant l'inscription QVI NACQVE VITTORIO EMANVELE II, œuvre de Carlo Ceppi, fut ajoutée en 1884. À l'intérieur subsistent les voûtes peintes à fresque par Stefano Maria Legnani, dit il Legnanino, dans les appartements du rez-de-chaussée et dans les salles du premier étage noble.
Dans le corps elliptique de la façade se trouve la salle du Parlement subalpin, où la Chambre des députés siégea de 1848 à 1861 et où Charles-Albert fit lire l'octroi du Statut. À l'arrière, vers la piazza Carlo Alberto, l'agrandissement du dix-neuvième siècle de Domenico Ferri et Giuseppe Bollati, achevé en 1871, devait accueillir la nouvelle salle du Parlement italien : entre-temps la capitale était passée à Florence et la salle ne servit jamais.
La visite
L'étage noble abrite le Musée national du Risorgimento italien, rouvert le 18 mars 2011 pour les cent cinquante ans de l'unité après une longue restauration : le parcours traverse aussi la salle historique. Les appartements de Mezzogiorno, au rez-de-chaussée, ne s'ouvrent au public qu'à certaines occasions. Le palais fait partie du site UNESCO des Résidences de Savoie depuis 1997.
Le conseil de la rédaction
Sortez sur la piazza Carignano et arrêtez-vous au centre : d'un côté la façade de Guarini, de l'autre le théâtre Carignano et le palais du Collegio dei Nobili, qui abrite aujourd'hui le Musée égyptien. En quelques mètres, vous avez le baroque piémontais, la politique du Risorgimento et l'un des musées les plus visités d'Italie, le tout dans le même pâté de maisons.
