Sur le toit du Lingotto, là où les Fiat à peine sorties de la chaîne étaient testées en roulant sur la piste surélevée, Renzo Piano a suspendu en 2002 un écrin d'acier et de verre à trente-quatre mètres du sol, quatre cent cinquante mètres carrés qui ressemblent à un vaisseau spatial posé sur l'usine. Dedans il y a vingt-cinq œuvres : celles que Gianni et Marella Agnelli gardaient chez eux et qu'ils ont décidé de laisser à la ville. Ce n'est pas un grand musée, et c'est justement là le propos : on voit vingt-cinq choses et c'est tout, dans une seule salle, avec la lumière qui tombe du plafond dessiné par Piano et la piste d'essai tout autour.
À voir
Les six vues de Venise de Canaletto, à la file, qui étaient la partie de la collection à laquelle l'Avvocato tenait le plus, et deux Dresde de Bernardo Bellotto, son neveu, avec la Frauenkirche et la Hofkirche ; le Hallebardier dans un paysage de Giambattista Tiepolo. Puis le dix-neuvième siècle : les deux Danseuses de marbre d'Antonio Canova, la Baigneuse blonde de Renoir et la Négresse de Manet.
Et le vingtième siècle, qui est le cœur : l'Hétaïre de Picasso, de la période bleue, et son Homme accoudé à une table, cubiste, de 1915 ; le nu de Modigliani des mêmes années ; sept Matisse, le groupe le plus fourni, avec les couleurs plates et les chambres ouvertes ; et les deux futuristes, les Lanciers italiens au galop de Gino Severini et la Vitesse abstraite de Giacomo Balla, qui dans une usine d'automobiles sont exactement à leur place. Hors de l'écrin, la piste sur le toit, un kilomètre d'anneau aux virages relevés, ouverte et praticable, et le jardin suspendu aux deux mille plantes.
La visite
La pinacothèque est via Nizza, au Lingotto, au sommet de l'ancienne usine : métro Lingotto puis le centre commercial, ou l'ascenseur depuis la cour ; billet propre, comprenant la piste et les expositions temporaires, fermée le mardi. Une heure et demie avec la piste et l'exposition. Le musée de l'automobile est à dix minutes à pied.
Le conseil de la rédaction
Sortez sur la piste après avoir vu les tableaux et faites un tour complet de l'anneau à pied, avec les virages relevés sous les chaussures et Turin autour : les Fiat couraient ici, sur le toit, et c'est la chose la plus étrange et la plus belle qu'une usine ait jamais faite. Puis rentrez pour un dernier regard aux Canaletto : après la piste, cette Venise immobile fait un autre effet.
