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fonte Aretusa

📍 Siracusa, Sicile · 65/100

En juin 1798, Horatio Nelson fit faire de l'eau à sa flotte à Syracuse et écrivit que, ayant puisé à la fontaine d'Aréthuse, la victoire ne pouvait lui échapper ; quelques semaines plus tard, il anéantissait la flotte française à Aboukir. L'eau est toujours là : une source d'eau douce qui affleure à quelques mètres de la mer salée, sur le front de mer d'Ortygie, dans un bassin formé de deux cercles concentriques. Elle est alimentée par la même nappe phréatique qui, de l'autre côté du port, donne naissance au fleuve Ciane.

À voir

Du papyrus pousse dans le bassin : avec le Ciane et le Fiumefreddo, dans la province de Catane, c'est l'un des très rares endroits d'Europe où la plante vit en plein air. Le reste est affaire de mythe. C'est ici que la nymphe Aréthuse aurait resurgi après avoir fui l'Arcadie en passant sous la mer, poursuivie par le fleuve Alphée. Le récit est plus ancien que la ville : Pausanias rapporte que l'oracle de Delphes, consulté par Archias avant la fondation de la colonie, lui désigna l'îlot d'Ortygie, là où l'embouchure de l'Alphée se mêle à la source d'Aréthuse. Les graveurs Kimon et Evainétos ont taillé la nymphe sur les monnaies syracusaines ; Pindare, Ovide, Virgile, Milton, Pope et Wordsworth ont écrit sur elle, et Melville, dans Moby Dick, rapporte la rumeur selon laquelle cette eau viendrait de Terre sainte.

De la source antique il reste l'eau, pas le décor. Au XVIe siècle, elle était divisée en filets d'eau pour le tannage des peaux et formait un bassin d'environ 200 mètres de diamètre ; en 1540, Charles Quint l'enferma dans les fortifications d'Ortygie, et elle n'en fut dégagée qu'en 1847, quand le bassin prit sa forme actuelle. Le belvédère voisin est ce qui subsiste de ce bastion, démoli dans la seconde moitié du XIXe siècle. Les tanneries sont toujours là, dans les sous-sols des immeubles alentour.

La visite

La source donne sur le Lungomare Alfeo, à cinq minutes à pied de la piazza Duomo, dans la partie la plus ancienne d'Ortygie. L'accès est libre, sans billet ni horaires : on la regarde d'en haut, depuis le parapet qui fait le tour du bassin. Dix ou quinze minutes suffisent. Mieux vaut savoir ce que l'on vient voir : dès 1767, le voyageur von Riedesel la jugeait sans indulgence, et qui arrive en imaginant une fontaine monumentale reste perplexe. C'est une nappe d'eau, et l'intérêt tient à l'eau elle-même : le débit a baissé avec la sécheresse et les travaux du troisième pont, au point de mettre en danger la papyraie.

Le conseil de la rédaction

Allez-y tôt le matin ou après le dîner : l'après-midi, le parapet est occupé de tous les côtés et la lumière plate éteint jusqu'au vert du papyrus. Nous conseillons ensuite de boucler la boucle de l'autre côté du port, sur le Ciane : la même nappe, une papyraie bien plus étendue, et un fleuve que l'on remonte en barque. Si vous manquez de temps, faites au moins le tour complet du bassin côté mer, là où l'on mesure le peu qui sépare l'eau douce de l'eau salée.

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