Pendant plus de trois siècles, la cathédrale de Venise ne fut pas San Marco, qui était la chapelle du doge, mais cette église au fond de la ville, sur une île à part derrière l'Arsenal, où l'herbe pousse sur le campo et où le linge sèche entre les arbres : San Pietro di Castello, siège de l'évêque d'Olivolo depuis les débuts de Venise, cathédrale du patriarche de 1451 à 1807, quand Napoléon transféra le titre à San Marco et que le couvent voisin devint une poudrière. Depuis, elle est redevenue la paroisse d'un quartier de maisons populaires, et reste l'endroit le plus éloigné de la Venise des touristes que l'on puisse atteindre à pied.
À voir
La façade blanche est le premier travail vénitien de Palladio, ou presque : le patriarche Diedo lui signa le contrat en 1558, le patriarche mourut l'année suivante et Palladio se retira, et la façade fut construite à la fin du siècle par Francesco Smeraldi sur son dessin, simplifié faute d'argent. Le campanile à côté, en pierre d'Istrie apparente, le premier de Venise, est de Mauro Codussi, de 1482, et penche assez pour faire sonner les cloches à battant tombant.
À l'intérieur, la coupole, le maître-autel de Baldassarre Longhena avec le corps de saint Laurent Giustiniani, premier patriarche, et la chapelle Vendramin, également de Longhena, avec le retable de Luca Giordano. La pièce que personne n'attend est la Chaire de saint Pierre, dans la nef droite : la tradition dit que ce fut le trône de l'apôtre à Antioche, offert au doge par l'empereur de Byzance ; en réalité, le dossier est une stèle funéraire islamique avec des versets du Coran en caractères coufiques, et Venise y a fait asseoir ses patriarches pendant des siècles sans y prendre garde. Puis les saints Jean, Pierre et Paul de Véronèse, l'Adoration des Mages peinte à fresque par Pietro Ricchi et la mosaïque de la chapelle Lando sur un carton peut-être de Tintoret.
La visite
On arrive à pied par la via Garibaldi en traversant le pont de bois vers l'île, une demi-heure depuis San Marco le long de la rive ; l'église fait partie du circuit Chorus, avec billet simple ou combiné des églises de Venise, et le dimanche est réservé aux messes. Fin juin, pour la fête de saint Pierre, le campo se remplit de tablées et de musique, et c'est l'une des dernières vraies fêtes populaires de la ville.
Le conseil de la rédaction
Asseyez-vous sur l'herbe du campo, sous les arbres, avant d'entrer : c'est le seul campo de Venise qui ne soit pas de pierre, et il en dit plus que n'importe quel guide sur ce qu'était cette ville à ses origines, une île avec une église. Puis, à l'intérieur, cherchez la Chaire et lisez les lettres arabes : la Sérénissime commerçait avec tout le monde, et priait parfois sans le savoir sur ce qu'elle avait acheté.
