Ici, où s'ouvre aujourd'hui un large campo vide au bout de Castello, se trouvaient les plus grandes vignes de Venise, celles de la famille Ziani ; et selon la légende c'est en ce lieu que saint Marc s'abrita d'une tempête et qu'un ange le salua des mots qui allaient devenir la devise de la République. L'église que l'on voit aujourd'hui est de 1534, dessinée par Jacopo Sansovino pour les franciscains, et elle a une particularité que presque aucun autre édifice de la Renaissance ne partage : elle fut bâtie d'après un mémoire écrit sur les proportions, toutes fondées sur le nombre trois.
À voir
Le texte était du frère Francesco Zorzi, philosophe et musicien, et fixait les mesures de la nef, des chapelles et de la hauteur comme s'il s'agissait d'accords : en entrant, on sent que les proportions tiennent, sans pouvoir dire pourquoi. Trente ans plus tard, alors que la façade manquait encore, la commande alla à Andrea Palladio, qui en fit l'une de ses œuvres majeures, avec le grand ordre de demi-colonnes et deux demi-frontons sur les côtés. Sansovino dedans, Palladio dehors : deux architectes différents dans un seul édifice, et c'est pour cela que le détour se justifie.
À l'intérieur, la Cappella Santa garde une Vierge à l'Enfant avec des saints de Giovanni Bellini, et dans le transept droit se trouve la Vierge en trône d'Antonio da Negroponte, un panneau du quinzième siècle qui est un jardin : oiseaux, fruits, fleurs et jusqu'à un escargot, peints un par un. Il y a encore les reliefs de marbre de la chapelle Giustiniani, le tombeau du doge Andrea Gritti, qui posa la première pierre en 1534, et les deux cloîtres du couvent, où les frères vivent toujours.
La visite
Le campo est dans le sestiere de Castello, à dix minutes à pied des Fondamente Nove ou de l'Arsenal, hors de tout circuit touristique : on y arrive seul et on en repart seul. Entrée libre, fermeture à midi et pendant les offices ; pour allumer les lumières des chapelles il faut quelques pièces. Trois quarts d'heure. Le clocher est parmi les plus hauts de la ville.
Le conseil de la rédaction
Demandez au sacristain d'ouvrir la Cappella Santa, car le Bellini ne se voit pas depuis la nef. Arrêtez-vous ensuite tranquillement devant le panneau de Negroponte : sous le trône court un entrelacs de branches, de chardonnerets et de grenades que personne d'autre à Venise n'a jamais peint ainsi, et l'escargot, en bas, attend depuis cinq cents ans que quelqu'un le remarque.
