L'or a disparu depuis quatre siècles, mais le nom est resté : Marino Contarini, marchand d'une famille de doges, fit couvrir en 1431 les pierres de la façade d'or, de rouge, de bleu et de noir par un peintre français, Zuanne de Franza, et Venise ne l'oublia plus. Il avait commencé la maison en 1421 sur les fondations du palais des Zeno, la famille de sa femme, avec deux ateliers qui travaillèrent côte à côte sans jamais se mettre d'accord : les Lombards de Matteo Raverti, venu du Duomo de Milan, et les Vénitiens de Giovanni et Bartolomeo Bon, ceux de la Porta della Carta. Il en sortit le plus beau palais gothique du Grand Canal, et le plus asymétrique.
À voir
La façade se lit depuis une barque ou depuis la rive opposée, au marché aux poissons du Rialto : à gauche trois étages ajourés, le portique sur l'eau et deux loggias aux quadrilobes copiés du palais des Doges, chacune plus légère que celle du dessous ; à droite un mur plein de marbres avec des fenêtres isolées, parce que le lot finissait là et que l'aile ne fut jamais construite ; au-dessus, le crénelage à pinacles qui portait jadis des boules dorées. Dans la cour, la margelle de puits de Bartolomeo Bon en broccatello de Vérone, avec la Justice, la Force et la Charité parmi les feuilles, vendue au dix-neuvième siècle par la danseuse Marie Taglioni, qui avait dévasté le palais, et rachetée par le baron Franchetti.
Giorgio Franchetti acheta la maison à la fin du dix-neuvième siècle, la restaura pendant trente ans, dessina et posa de ses mains le pavement en mosaïque du vestibule, l'offrit à l'État et y laissa ses cendres, sous une colonne du portique. La Galerie qui porte son nom, ouverte en 1927, est sa collection : le Saint Sébastien de Mantegna, lié à un pilier dans une niche construite exprès, la Vénus au miroir de Titien, un portrait de Van Dyck, Carpaccio, les petits bronzes, la sculpture toscane, les céramiques, les fresques détachées de Giorgione et de Titien du Fondaco dei Tedeschi. Et les loggias : de là, le Grand Canal se regarde comme on le regardait depuis les palais, debout, à deux mètres de l'eau.
La visite
L'entrée se fait par la calle di Ca' d'Oro, depuis la Strada Nova, avec l'arrêt de vaporetto du même nom devant la porte d'eau ; musée d'État avec billet propre, fermé le lundi. Le palais a connu de longs travaux de restauration ces dernières années : vérifiez quels étages sont ouverts. Une heure suffit, dont la moitié sur les loggias.
Le conseil de la rédaction
Allez d'abord de l'autre côté du canal, au marché aux poissons du Rialto, et regardez-la de là le matin, quand le soleil la frappe en plein : c'est la vue pour laquelle elle a été faite. Puis entrez, montez au premier étage et cherchez le Mantegna : ce fut le dernier tableau du peintre, avec l'inscription sur la bougie qui dit que rien n'est stable sinon Dieu, et c'est la chose la plus grave dans une maison faite pour étonner.
