Au milieu des étals du marché du Rialto, coincée entre les bancs de fruits et les bars, il y a une petite église basse avec un portique et une grande horloge en façade. Les Vénitiens l'appellent San Giacometo et racontent qu'elle est la plus ancienne de la ville, fondée le vingt-cinq mars 421, le jour même où, selon la légende, Venise naquit. La date ne tient pas, le lieu si : cette église se dresse à l'endroit où la ville a commencé à faire des affaires, et elle est là depuis mille ans à regarder le commerce.
À voir
Le portique de devant est une rareté : presque toutes les églises vénitiennes ont perdu le leur, celle-ci l'a encore, avec des colonnes de marbre et des chapiteaux antiques réemployés. Dedans elle est minuscule, en croix grecque, avec six colonnes et des voûtes basses ; on y tient à peu et l'on y est bien. L'horloge de la façade est du quinzième siècle et les Vénitiens en plaisantent depuis des siècles, car elle n'a jamais donné l'heure juste.
Ce qu'il faut chercher est sur l'abside, à l'extérieur, côté campo : une inscription latine qui ordonne aux marchands d'être honnêtes, de ne pas fausser les poids et de ne pas passer de contrats malhonnêtes. C'est un panneau anti-fraude gravé sur une église, et il se trouve à l'endroit exact où l'on signait les contrats. De l'autre côté du campo, en face, se tient le Gobbo di Rialto, la figure de pierre courbée qui porte le petit escalier d'où l'on lisait les lois de la République.
La visite
L'église est campo San Giacomo, au pied du pont du Rialto côté San Polo, dans le marché ; entrée libre, mais les horaires sont brefs et irréguliers et il arrive de la trouver fermée. Dix minutes. Le marché au poisson et aux fruits travaille tôt le matin, et c'est le bon moment pour être là.
Le conseil de la rédaction
Même si vous la trouvez fermée, passez derrière l'abside et lisez l'inscription : c'est le plus ancien règlement commercial de la ville et il est encore là, au-dessus des têtes de ceux qui achètent des tomates. Cherchez ensuite le Gobbo : qui était condamné pour vol courait nu entre les étals depuis San Marco jusqu'à lui, et la peine s'achevait quand il parvenait à le toucher.
