C'est la première église que l'on voit en sortant de la gare de Venise, et presque personne n'y entre : on sort, on regarde le Grand Canal et on s'en va. Dedans se trouve le tombeau du dernier doge. Ludovico Manin, qui en 1797 signa la fin de la République après mille ans, est enterré ici sous une dalle de pierre portant deux mots latins et rien d'autre : les cendres de Manin. Aucun monument, aucune statue, aucune rhétorique. C'est la sépulture la plus éloquente de la ville.
À voir
L'église fut bâtie par les carmes déchaux au début du dix-huitième siècle sur un projet de Baldassare Longhena, avec une façade de marbre de Giuseppe Sardi payée par une famille qui achetait son entrée dans le patriciat. L'intérieur est le baroque le plus riche de Venise : marbres polychromes partout, colonnes torses, anges, draperies de pierre. Ce n'est pas une église raffinée, c'est une église qui veut étonner, et elle y parvient.
Au plafond de la nef se trouvait une fresque de Giambattista Tiepolo représentant la maison de Lorette portée dans les airs par des anges. En octobre 1915 une bombe autrichienne, lâchée de nuit pour frapper la gare, tomba sur le toit et la détruisit. De cette fresque il reste quelques fragments aux Gallerie dell'Accademia ; la voûte que l'on voit aujourd'hui fut repeinte dans les années trente par un autre peintre.
La visite
L'église est sur le Grand Canal à côté de la gare de Santa Lucia, à cinquante mètres de la sortie ; entrée libre, fermeture à midi et pendant les offices. Vingt minutes. C'est la halte idéale dans les minutes qui restent avant un train, et personne ne l'utilise ainsi.
Le conseil de la rédaction
Cherchez la dalle de Manin dans la nef, à droite : elle est au sol, sans encadrement, et on marche dessus sans s'en apercevoir. Levez ensuite la tête vers la voûte et rappelez-vous que le Tiepolo qui s'y trouvait a disparu à cause d'une bombe visant une gare. Dans une seule église il y a la fin de la République de Venise et la Première Guerre mondiale, et aucun panneau ne le dit.
