Au village est lié le nom de Paolo Orgiano, un petit seigneur dont les agissements ont été étudiés pour leurs analogies avec la figure de don Rodrigo dans les Fiancés: un vrai tyranneau, avec des actes et des procès, de ceux que Manzoni aurait pu recopier. Bien avant lui, pourtant, ce lieu avait fait autre chose: en 1431 la Commune promulgua son premier Statut, et les villages voisins le prirent pour modèle de leurs propres règlements civiques. Orgiano était devenue siège de vicariat civil sous les Scaligeri, quand en 1315 l'évêque en investit les Fracanzani, et cette juridiction comprenait des villages aujourd'hui répartis entre sept communes différentes. Les Fracanzani, du reste, sont encore là en pierre: la villa Fracanzan Piovene, avec ses barchesse et son vaste jardin, domine le village d'en haut.
Vers l'an mille Orgiano avait deux châteaux, et les documents les appellent simplement le vieux et le neuf. Du castrum vetus, peut-être bâti par les Lombards, un acte d'investiture de 1263 parle encore comme d'un édifice en état, tandis qu'un acte de 1306 laisse comprendre qu'il n'en restait que des ruines. Le second, au-dessus de l'église, était propriété épiscopale dès le dixième siècle et figurait dans les diplômes impériaux d'Otton trois, Henri deux, Frédéric Barberousse et Otton quatre: c'est justement pour cela qu'il n'était pas grevé de l'impôt du fodro. Il subit ses pires dommages en 1313, du fait de la violente réaction des Padouans après le passage de Vicence aux Scaligeri; mais la ruine ne fut pas totale, car à la fin du seizième siècle Filippo Pigafetta pouvait encore écrire qu'Orgiano siégeait là avec son château, et les derniers restes se voient toujours. Quant au terrain: sur les hauteurs derrière le village on a trouvé des fossiles de cinquante ou soixante millions d'années, du temps où la mer était ici; le Monte delle Piume tire son nom de la stipe pennée, une herbe qui en mai se couvre de longues arêtes plumeuses d'un blanc de neige; à la limite de la plaine se dressent les mûriers séculaires dont les feuilles nourrissaient les vers à soie; et il y a un creux dans la roche, appelé Grotte bleue, qui a servi hier comme aujourd'hui de scène aux spectacles en plein air.