Pendant onze ans, l'Empire romain fut gouverné d'ici, d'une falaise à pic sur la mer à l'extrémité orientale de Capri : Tibère quitta Rome en 27 et n'y revint jamais, et sa plus grande villa, dédiée à Jupiter, au sommet du mont qui porte aujourd'hui son nom, à 334 mètres, devint le palais du gouvernement, avec les messages qui arrivaient du continent par les signaux de feu de la tour et les navires rapides. Suétone nous a raconté des orgies et des esclaves jetés du Salto di Tiberio, la paroi de trois cents mètres à côté de la villa ; les historiens d'aujourd'hui n'y croient guère, mais l'histoire a fait la fortune du lieu.
À voir
Ce qui reste est un squelette de murs de brique et d'opus reticulatum sur huit niveaux, sept mille mètres carrés de terrasses avec un dénivelé de quarante mètres, remis au jour par Amedeo Maiuri en 1932 : au centre, les grandes citernes qui recueillaient la pluie des toits, car là-haut il n'y avait pas d'eau, autour les ailes du palais, les appartements impériaux au nord, les bureaux au sud, les salles de réception à l'est, et à l'ouest l'ambulatio, la longue galerie couverte où l'empereur marchait seul en regardant Anacapri. Au-dessus des ruines, la petite église de Santa Maria del Soccorso avec la statue de la Madone qui regarde le golfe.
La vraie raison de monter est la vue : de la terrasse on voit Ischia et Procida, tout le golfe de Naples avec le Vésuve, la péninsule de Sorrente à un jet de pierre et, en se retournant, le golfe de Salerne jusqu'au Cilento. On comprend pourquoi Tibère choisit cet endroit : personne ne pouvait s'approcher sans être vu, et qui arrivait avait devant lui l'Empire entier. Non loin, le Faro di Tiberio, la tour de signaux qui reliait l'île à la terre ferme.
La visite
On y arrive seulement à pied depuis Capri, deux kilomètres de montée par la via Tiberio, entre murs, jardins et vignes, quarante minutes sans se presser ; pas de bus, pas de taxi. Le billet est minime et le site est ouvert presque toute l'année, avec un jour de fermeture qui change selon la saison : vérifiez avant. Emportez de l'eau et un chapeau, le sentier est sans ombre en haut.
Le conseil de la rédaction
Montez en fin d'après-midi, quand les groupes sont repartis avec le dernier hydroglisseur et que la villa vous reste, à vous et aux mouettes : du Salto di Tiberio, derrière le parapet, regardez en bas dans la mer puis vers Sorrente, et pensez que c'était la fenêtre de l'homme le plus puissant du monde. Puis redescendez lentement : la via Tiberio au coucher du soleil, avec les lumières de Capri en dessous, est la plus belle promenade de l'île.
