Le Real Teatro di San Carlo fut bâti par Giovanni Antonio Medrano et Angelo Carasale pour une capacité d'environ trois mille places et inauguré en 1737, le jour de la fête du roi, dont il prit le nom. C'est le plus ancien théâtre d'opéra du monde encore en activité : il précède de quarante et un ans la Scala de Milan et de cinquante-cinq la Fenice de Venise. Au début on n'y donnait que de l'opera seria ; l'opéra bouffe se jouait dans d'autres salles de la ville.
À voir
La salle que l'on voit aujourd'hui n'est pas celle du dix-huitième siècle. Dans la nuit du 12 au 13 février 1816 un incendie la détruisit, et Antonio Niccolini la reconstruisit en quelques mois, rouvrant le 12 janvier 1817. Au plafond se trouve la grande toile des Cammarano, avec Apollon présentant à Minerve les plus grands poètes du monde. Mais le détail à chercher est plus petit : l'horloge dans l'intrados du proscenium, où le Temps marque les heures qui passent tandis qu'en bas à gauche la sirène des arts essaie de les retenir. Cela veut dire que l'art n'a pas de temps.
La visite
Sur cette scène est passé à peu près tout le monde. Gioachino Rossini en fut directeur musical pendant sept ans et y monta, entre autres, Mosè in Egitto et Ermione ; après lui vint Gaetano Donizetti, qui avait signé avec l'impresario Domenico Barbaja un contrat l'obligeant à composer quatre opéras par an, et qui y fit créer Lucia di Lammermoor. Au parterre, bien plus tôt, il y avait eu aussi un garçon de quatorze ans : Mozart, à Naples avec son père, qui assista à la création de l'Armida abbandonata de Jommelli.
Le conseil de la rédaction
Deux documents racontent ce théâtre mieux que n'importe quelle description. Le premier est un ordre de paiement : Domenico Sarro, qui avait écrit l'opéra par lequel le San Carlo s'ouvrit, reçut 220 ducats « en règlement de la composition du prologue et de l'opéra en musique ». Le second est le jugement de Stendhal, qui se trouvait à Naples le jour de la réouverture après l'incendie : « Cette salle, reconstruite en trois cents jours, est un coup d'État », écrivit-il, ajoutant qu'elle assurait au roi la faveur populaire mieux que la loi la plus parfaite, car « à peine parlez-vous de Ferdinand, on vous dit : il a reconstruit le San Carlo ! ». Ce même roi, peu après, faisait interdire par ses censeurs le Trovatore de Verdi.
