Sur la plus haute colline de Rome, le palais du Quirinal a abrité trente papes, quatre rois d'Italie et les présidents de la République : peu d'édifices au monde résument autant d'histoire du pouvoir. Il naquit comme résidence d'été pontificale : en 1583, le pape Grégoire XIII confia à Ottaviano Mascherino l'agrandissement de la villa des Carafa qui occupait les lieux, choisis parce que plus sains que le Vatican et le Latran, et en 1587 Sixte V fit acheter tout l'ensemble par la Chambre apostolique.
Des générations de maîtres travaillèrent à sa construction : Domenico Fontana dessina la façade, Flaminio Ponzio et Carlo Maderno achevèrent le corps principal pour Paul V, tandis que Guido Reni peignait la chapelle de l'Annonciation entre 1609 et 1612. À partir de 1870 ce fut le palais royal des Savoie, et depuis 1946, après le référendum institutionnel, c'est le siège du président de la République italienne.
À voir
Avec 110 500 mètres carrés et 1 200 pièces, le palais compte parmi les plus vastes du monde : l'ensemble de la Maison-Blanche en occupe environ un vingtième. Parmi les salles ressortent le Salone dei Corazzieri, ancienne salle du trône pontifical dont la frise fut peinte par Agostino Tassi, Carlo Saraceni et Giovanni Lanfranco, et la chapelle Pauline de Maderno, bâtie aux dimensions exactes de la Sixtine : quatre papes y furent élus. Au-dessus du grand escalier est placé le Christ bénissant de Melozzo da Forlì, l'un des fragments de fresque les plus célèbres du XVe siècle.
Sur la place devant, Fontana disposa les statues des Dioscures, traditionnellement attribuées à Phidias et Praxitèle : c'est de ces deux colosses avec leurs chevaux que la colline tira son nom populaire de Monte Cavallo. Napoléon destina le Quirinal à sa propre résidence impériale, mais il n'y mit jamais les pieds.
La visite
Le palais est la résidence officielle du chef de l'État, et les salles d'apparat — du Salon des Fêtes à la Salle des Miroirs, où prêtent serment les juges de la Cour constitutionnelle — restent le théâtre de la vie institutionnelle. À l'extérieur, la Manica Lunga longe la via del Quirinale jusqu'au bâtiment de Ferdinando Fuga, qui abrite les bureaux et l'appartement du président, tandis que la tour des Vents de Mascherino, le Torrino, domine la cour d'honneur. Les jardins furent dessinés au XVIIe siècle.
Le conseil de la rédaction
La piazza del Quirinale est une terrasse naturelle : depuis la plus haute des sept collines, le regard file au-dessus des toits jusqu'à la coupole de Saint-Pierre, et en fin d'après-midi la lumière arrive juste en face. De là, quelques minutes de descente suffisent pour se retrouver à la fontaine de Trevi — Sandro Pertini le savait bien, lui qui, président, préféra au palais son vieil appartement près de la fontaine.
