Un château qui n'a jamais été un château : Gino Coppedè le dessina vers 1913 pour Attilio Odero, sénateur et industriel de la construction navale, avec tour, loggias, balcons en saillie et fenêtres géminées, comme s'il avait toujours occupé la pointe. La villa Beatrice, que beaucoup à Portofino appellent encore castello Odero, passa après la Seconde Guerre mondiale à Enrico Piaggio, fils d'Elena Odero, puis aux familles Tonolli et Costa-Ardissone. En 2021 elle a été rachetée par Belmond, chaîne hôtelière internationale entrée en 2018 dans le groupe LVMH de la famille Arnault.
À voir
Le bâtiment se développe sur quatre niveaux et la tour se tient à côté, ajoutée au volume principal plutôt que fondue en lui : c'est le geste le plus reconnaissable de Coppedè, architecte qui travaillait par citations et puise ici dans le répertoire néogothique. Les revêtements comptent autant que la silhouette : pierre, enduit décoré d'insertions de carreaux colorés, ciment blanc. De loin l'effet est médiéval ; dans le détail, tout date du début du XXe siècle.
La position fait le reste. La villa tombe à pic sur la mer, sur la pointe Cajega, avec un grand jardin qui se perd dans le bois du parc naturel régional de Portofino, créé en 1935. La verdure derrière la maison n'est pas un aménagement privé mais une zone protégée, et c'est pourquoi presque rien d'autre n'a poussé alentour.
La visite
Aucune visite : la villa est une propriété privée et ne se regarde que de l'extérieur. Le point de vue naturel, c'est l'eau, depuis les bateaux qui arrivent à Portofino et depuis n'importe quelle embarcation de passage, car c'est de là que la façade se lit d'un seul tenant, tour comprise. Depuis la terre, on l'aperçoit par fragments sur les sentiers du parc qui descendent vers le village, entre pins et chênes verts, presque jamais en entier.
Le conseil de la rédaction
Faites une comparaison. La pointe porte une autre villa qui joue au château, Altachiara. Regardez-les l'une après l'autre depuis la mer, de préférence en fin d'après-midi, quand la lumière rasante allume les carreaux colorés : en deux minutes vous comprendrez ce que cherchaient ici les armateurs génois du début du siècle, non pas une maison au bord de l'eau mais un décor construit pour être vu depuis le large.
