En 1553, un commissaire impérial, Gerolamo Sacco di Ceva, arriva à Millesimo avec l'ordre de démanteler le château : non parce qu'il était faible, mais parce qu'il aurait été trop utile à quiconque s'en serait emparé. Le gouverneur de Milan, Ferrante I Gonzaga, en lutte avec la France, préféra une ruine à lui plutôt qu'une forteresse française. Depuis, l'édifice qui domine le centre historique de la haute vallée de la Bormida n'est jamais redevenu entier.
À voir
Le plan est quadrangulaire, avec deux tours latérales et des murs fortifiés. La partie la plus ancienne, c'est-à-dire la tour, le donjon et le mur est, remonte à la seconde moitié du XIIIe siècle, quand les Del Carretto avaient déjà fait de Millesimo un bourg fortifié : Enrico II s'en chargea en 1206, tandis que le château proprement dit pourrait être venu ensuite, avec le partage des domaines entre les fils de Giacomo Del Carretto qui donna naissance en 1268 aux marquisats de Finale, Millesimo et Novello.
De là-haut, on comprend à quoi il servait : avec les places fortes de Cosseria, Roccavignale et Cengio, il fermait la vallée, et la vallée était la route entre le Piémont et la mer. Y vécurent les marquis Del Carretto di Millesimo, appuyés d'abord sur la commune d'Asti puis, à partir de 1393, sur les marquis de Montferrat. En 1447, le chroniqueur Gianmario Filelfo situe dans ces salles la réunion des différentes branches de la famille, convoquée pour arrêter la stratégie contre la République de Gênes, qui menaçait de guerre le marquisat de Finale ; dans la guerre qui suivit, achevée en 1448, la forteresse accueillit Bannina, épouse de Galeotto I Del Carretto, seigneur de Finale.
La visite
La commune a acheté le château en 1989 et l'a restauré : il se visite aujourd'hui et accueille des concerts de musique classique et des expositions. On y monte à pied depuis le centre de Millesimo, quelques minutes de côte ; le calendrier d'ouverture suit celui des événements, mieux vaut donc le vérifier avant de partir. Le parcours est court et il ne faut pas s'attendre à des salles meublées : ce qu'on regarde ici, ce sont les maçonneries, la tour et la vue sur la Bormida.
Le conseil de la rédaction
Venez pour un concert si l'occasion se présente : de la musique dans un donjon du XIIIe siècle, c'est la seule façon de remettre ces pierres au travail. Et en redescendant, cherchez l'hôtel de ville : c'est là que les Del Carretto ont transféré leur siège après le démantèlement, et l'écart entre la forteresse en haut et le palais en bas raconte en deux bâtiments la fin d'une seigneurie. Le dernier coup porté à la structure, du reste, ne vint pas du commissaire impérial mais de Napoléon : en 1796, les premiers combats entre Français et Austro-Piémontais passèrent par ici.
