À cinq kilomètres de Porta Romana, au milieu des champs que les moines ont eux-mêmes assainis, il y a l'abbaye que saint Bernard de Clairvaux fonda en 1135 comme fille de Clairvaux, pour remercier Milan d'avoir pris le parti du bon pape : une ville de brique avec une tour que les Milanais appellent Ciribiciaccola, au milieu d'un marais que les cisterciens transformèrent en prés irrigués, fermes et fromage, et la tradition dit que le grana est né ici. L'église, consacrée en 1221, est l'un des premiers édifices gothiques d'Italie et encore une vraie abbaye : les moines partirent avec Napoléon et revinrent en 1952, et ils y sont.
À voir
On entre par la tour du seizième siècle, avec l'oratoire où un Christ devant Pilate fut longtemps cru de Bosch, et l'on arrive sur le parvis devant la façade à pignon, ramenée à son aspect d'origine en ôtant le baroque. À l'intérieur, les cisterciens voulaient des murs nus et trouvèrent au contraire, au dix-septième siècle, les frères Fiammenghini, qui couvrirent transept et nef de fresques ; sous la tour-lanterne, les Histoires de la Vierge de l'école de Giotto du quatorzième siècle ; le long de la nef, le chœur de bois sculpté par Carlo Garavaglia avec la vie de saint Bernard. La chose à ne pas manquer est en haut de l'escalier du transept sud, vers le dortoir : la Madonna della Buonanotte de Bernardino Luini, de 1512, que les moines saluaient du dernier Ave Maria avant de dormir.
Du cloître du treizième siècle reste le côté sud, avec les chapiteaux à feuilles, aigles et visages et la plaque de la consécration ; le Grand Cloître que Bramante et Amadeo commencèrent pour le cardinal Ascanio Sforza fut démoli en 1861 pour laisser passer le chemin de fer de Pavie, qui frôle encore les murs. Dans la salle capitulaire, les sgraffites attribués à Bramante avec le Milan d'alors. Et la tour : du transept à la croix, un cône de brique et de marbre à colonnettes que l'on voit du périphérique, et qui donne son nom au quartier.
La visite
L'abbaye est dans le quartier de Chiaravalle, dans le Parco Agricolo Sud : métro jusqu'à Corvetto et bus, ou à vélo le long de la Vettabbia depuis le centre, quarante minutes. L'entrée est libre aux heures du monastère, avec une pause à la mi-journée et le dimanche matin pour les messes ; les visites guidées sont assurées par des bénévoles. La boutique des moines vend le miel et les produits des abbayes cisterciennes.
Le conseil de la rédaction
Arrivez à vélo depuis la ville, le long du canal : c'est le seul moyen de comprendre que Milan finit et que commence la plaine que les moines ont dessinée, avec les rangées d'arbres et les rigoles. Puis restez pour les vêpres, que les cisterciens chantent chaque soir : dans l'église à moitié vide, avec le chœur de Garavaglia autour, c'est le son pour lequel l'édifice a été fait.
