Aujourd'hui le viaduc de l'autoroute passe au-dessus, mais en 1349, quand Giovanni Visconti, archevêque et seigneur de Milan, la fonda, c'était la campagne : le bois de la Merlata, plein de brigands, à quatre kilomètres des murs. Visconti la voulut pour que les chartreux prient aussi pour lui qui, devenu seigneur temporel, n'avait plus le temps de s'occuper de son âme, et la dota de terres et de rentes. À l'été 1357, Pétrarque y séjourna ; au seizième siècle elle fut presque entièrement refaite par Vincenzo Seregni, l'architecte du Dôme. Napoléon la ferma et en fit une caserne ; Byron y passa et parla des fresques dans une lettre. C'est aujourd'hui une paroisse de banlieue abritant l'un des plus beaux cycles peints de Milan.
À voir
La façade, de la fin de la Renaissance, avec les statues de marbre de Candoglia disposées selon un ordre hiérarchique : au sommet la Vierge assomptionniste parmi les anges, dessous les patrons de Milan, saint Ambroise et saint Charles, et en bas les bustes de Giovanni et Luchino Visconti, qui payèrent. Puis les cours : celle de l'Aumône, la seule autrefois ouverte à tous, et la Cour d'Honneur, réservée aux moines, avec son portique et l'église au fond.
Dedans, la nef unique peinte à fresque de haut en bas. Dans le chœur, les fresques de Simone Peterzano, de 1578 : la Crucifixion dans le cul-de-four, les anges aux symboles de la Passion dans la coupole, les prophètes et les sibylles dans la tour-lanterne, avec ce michelangélisme musclé qui est sa signature. Peterzano fut le maître du Caravage, qui apprit dans son atelier tout jeune : on voit ici d'où vient l'obscurité des tableaux milanais. Dans la nef, le cycle de Daniele Crespi de 1629, avec les histoires de saint Bruno et des chartreux : des scènes de moines en silence, peintes peu avant que la peste du roman de Manzoni ne l'emporte lui aussi, et c'est la chose la plus émouvante de l'église. Du monastère médiéval reste le petit cloître.
La visite
La chartreuse est via Garegnano, dans le quartier du même nom au nord-ouest, à vingt minutes du centre en voiture ou en bus, gare Certosa à un kilomètre ; entrée libre et gratuite, avec les bénévoles du Touring Club qui ouvrent aux jours et horaires indiqués sur leur site. Une heure. Le bruit de l'autoroute arrive jusque dans la cour, et à l'intérieur il disparaît.
Le conseil de la rédaction
Cherchez dans le cycle de Daniele Crespi la scène du songe du chanoine mort, d'où naquit, dit la légende, la vocation de saint Bruno : c'est le tableau dont Byron se souvenait. Puis arrêtez-vous devant le Peterzano du chœur et pensez que le garçon qui lui broyait les couleurs s'appelait Michelangelo Merisi, et que c'est le seul endroit de Milan où l'on puisse regarder en face le maître du Caravage.
