En 1460, le comte Gaspare Vimercati, condottiere au service des Sforza, offrit aux dominicains un terrain occupé par une petite chapelle dédiée à Santa Maria delle Grazie. La première pierre fut posée le 10 septembre 1463 et les travaux, dirigés par Guiniforte Solari — alors ingénieur en chef du chantier du Dôme —, s'achevèrent pour le couvent en 1469. L'église suivait la tradition gothique lombarde : trois nefs, voûtes en ogive, brique pour les murs et granit pour les colonnes.
Puis, en 1492, Ludovico il Moro décida d'en faire le mausolée de sa famille : il fit démolir le chœur à peine construit et, le 29 mars, l'archevêque Guidantonio Arcimboldi bénit la première pierre de la nouvelle tribune, chef-d'œuvre de la Renaissance attribué à Bramante. Béatrice d'Este, épouse du duc, y fut inhumée en 1497. Avec la Cène de Léonard, l'église a été le deuxième site italien inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, après les gravures rupestres du Val Camonica.
À voir
Le contraste entre les deux âmes de l'édifice fait tout son intérêt : des nefs gothiques de Solari, tu passes d'un coup sous la tribune de Bramante, un cube monumental couronné d'une coupole hémisphérique, enfermée à l'extérieur dans un tiburio à seize pans. Le projet est traditionnellement attribué à Bramante, tandis que la direction du chantier revint sans doute à Giovanni Antonio Amadeo. Sur le portail de marbre blanc voulu par le Moro, tu reconnaîtras la «scopetta», l'emblème personnel du duc.
Dans le réfectoire du couvent, propriété de la Ville de Milan, se trouve la Cène de Léonard de Vinci. Dans la nuit du 15 août 1943, un bombardement allié détruisit une grande partie du réfectoire : le mur de la Cène, protégé par des sacs de sable, resta debout. La restauration menée de 1978 à 1999 a débarrassé la peinture d'origine des repeints accumulés au fil des siècles.
La visite
L'église et la Cène sont deux visites distinctes, avec des entrées séparées : le réfectoire a son propre accès depuis l'extérieur. Dans l'église, arrête-toi à la chapelle de la Sainte Couronne, peinte à fresque par Gaudenzio Ferrari avec les Histoires de la Passion : elle abritait un retable du Titien représentant le couronnement d'épines, pillé par les troupes françaises en 1797 et conservé aujourd'hui au Louvre. L'ancienne sacristie dessinée par Bramante accueille un centre culturel dominicain, avec conférences et concerts.
Le conseil de la rédaction
Beaucoup arrivent ici pour la seule Cène et repartent sans entrer dans l'église : une erreur. Remonte la nef jusqu'au fond et lève les yeux dans la coupole de Bramante, puis va jeter un œil au Cloître des Grenouilles, sur lequel donne le flanc nord de la tribune : c'est le meilleur endroit pour lire la géométrie pure du projet — le cube, les absides semi-circulaires, le tiburio en prisme.
