Presque tout ce que l'on sait des origines de ce lieu vient d'un livre. Vers 1130, un moine nommé Jean composa le Chronicon Vulturnense, un manuscrit enluminé en écriture bénéventaine conservé aujourd'hui à la Bibliothèque vaticane. On y lit l'histoire de trois nobles de Bénévent — Paldo, Tato et Taso — qui, en 731, engagèrent tout leur patrimoine familial pour fonder un monastère au bord du Volturno, là où se dressait déjà un oratoire dédié à saint Vincent.
De ce choix est née l'une des abbayes les plus puissantes d'Europe. En 787, Charlemagne lui accorda des privilèges fiscaux et juridictionnels; au siècle suivant, sous les abbés Josué, Talaric et Épiphane, la communauté tenait plus de la petite ville que du couvent. Puis la chute. En 860, un lourd tribut fut versé à Sawdan, émir de Bari, pour qu'il renonce au pillage; en 881, les Sarrasins à la solde du duc de Naples entrèrent malgré tout, aidés par la trahison des serviteurs, et brûlèrent l'ensemble. Les rescapés se réfugièrent à Capoue.
À voir
La visite se partage entre les deux rives. D'un côté se dresse l'abbaye neuve, bâtie sur un terrain plus facile à défendre et consacrée en 1115 par le pape Pascal II: façade romane à portail en plein cintre et large oculus, trois nefs sous des voûtes d'arêtes à nervures, abside semi-circulaire où subsistent des traces de fresques du XIIIe siècle. À côté, le palais abbatial en L, revêtu de pierres de taille, abrite la communauté monastique et ne s'ouvre qu'aux heures de prière.
Sur l'autre rive, on franchit le Ponte della Zingara, une passerelle de pierre à arche unique du XVIIe siècle, pour entrer dans la zone de fouilles. On suit le couloir d'entrée pavé de briques, on découvre la cour-jardin trapézoïdale dont les côtés nord et est étaient portiqués, on repère les vestiges des tours et du mur d'enceinte. Ce sont les niveaux de la ville monastique incendiée en 881, dégagés par le San Vincenzo Project, lancé en 1980 et dirigé aujourd'hui par Federico Marazzi.
Le conseil de la rédaction
Le séisme de 1349 a achevé ce que les Sarrasins avaient commencé, et pendant des siècles aucune communauté stable n'a vécu ici. Elle est revenue en 1989, avec les bénédictines venues du monastère de Regina Laudis, dans le Connecticut. Mieux vaut caler sa visite sur les horaires de la liturgie: entendre le chant dans une église relevée après les bombardements de la dernière guerre, à quelques centaines de mètres des ruines de celle du haut Moyen Âge, fait comprendre d'un coup ce que le mot continuité signifie ici.
