Santa Maria Novella est pour Florence l'église des dominicains, comme Santa Croce est celle des franciscains et Santo Spirito celle des augustins. Les frères prêcheurs arrivèrent de Bologne en 1219 et obtinrent deux ans plus tard la petite église de Santa Maria delle Vigne, alors entourée de champs hors des murs ; la première pierre du vaste édifice neuf fut posée le 18 octobre 1279 avec la bénédiction du cardinal Latino Malabranca Orsini, sur un projet attribué aux frères Sisto da Firenze et Ristoro da Campi. Achevée au milieu du XIVe siècle, l'église ne fut consacrée qu'en 1420 et élevée au rang de basilique mineure en 1919.
La façade est l'une des œuvres capitales de la Renaissance florentine. Sur le registre inférieur du XIVe siècle, en marbre blanc et serpentine verte de Prato, Leon Battista Alberti greffa pour le compte du marchand Giovanni Rucellai, dont le nom s'étale dans l'inscription datée de 1470, un couronnement aux proportions géométriques avec deux volutes en S : le premier exemple d'un motif repris ensuite par des églises dans toute l'Italie.
À voir
Presque à mi-longueur du bas-côté gauche, la Trinité de Masaccio est la première peinture monumentale de la Renaissance construite avec la perspective linéaire ; le Crucifix de Giotto et la chaire dessinée par Filippo Brunelleschi en 1443, celle-là même d'où fut ensuite dénoncée la défense galiléenne de l'héliocentrisme, complètent le tableau. Derrière le maître-autel, la chapelle Tornabuoni conserve le cycle peint à fresque par Domenico Ghirlandaio entre 1485 et 1490, à l'époque où le tout jeune Michel-Ange travaillait dans son atelier ; dans la chapelle Strozzi, les vitraux du XVe siècle sont sur un dessin de Filippino Lippi.
La visite
L'intérieur, à trois nefs avec une nef centrale longue de cent mètres, joue une illusion très étudiée : les piliers se rapprochent peu à peu vers l'abside et l'espace paraît encore plus profond qu'il ne l'est. Depuis 2001, l'entrée est payante. Avant d'entrer, prends le temps d'examiner les extrémités du registre inférieur de la façade : une armille équinoxiale en bronze à gauche et un cadran astronomique à gnomon à droite, montés en 1572-1574 par Ignazio Danti, l'astronome de Côme Ier, dont les mesures de l'écart entre l'année solaire et le calendrier julien contribuèrent à la réforme grégorienne du calendrier.
Le conseil de la rédaction
Devant la Trinité de Masaccio, baisse les yeux jusqu'au squelette peint dans la partie basse : l'épigraphe rappelle au passant que ce qu'il est aujourd'hui, le mort l'a déjà été, et que ce que le mort est, il le deviendra. C'est le genre de détail qui se perd quand on va vite, comme les lunettes peintes par Ulisse Ciocchi au-dessus des portails entre 1616 et 1618. Puis reviens sur la place : la base de la façade est égale à sa hauteur, un carré parfait, et les proportions albertiennes se lisent mieux de loin.
