Bartolomeo Colleoni, capitaine général au service de Venise, laissa sa fortune à la République à une condition : qu'on lui élevât une statue place Saint-Marc. Venise n'avait jamais accordé de monument à personne sur sa place, et n'entendait pas commencer ; elle prit l'argent et plaça le cavalier campo Santi Giovanni e Paolo, devant la Scuola Grande di San Marco. La lettre du testament était respectée, l'esprit non. En 1480 le monument fut confié à Andrea del Verrocchio, qui y travailla des années et mourut en 1488 avant de le voir fondu.
À voir
Le bronze fait près de quatre mètres sans le piédestal, et c'est la troisième statue équestre de la Renaissance après le Gattamelata de Donatello à Padoue et un monument des Este à Ferrare. Mais c'est la première où le cheval bouge vraiment : une jambe antérieure levée dans le vide, l'encolure tordue, le poids porté en avant. Le condottiere est debout sur les étriers, le buste tourné, le bâton de commandement pointé vers le bas : il ne défile pas, il commande.
La fonte fut exécutée après la mort de Verrocchio par Alessandro Leopardi, qui ajouta le socle et y mit sa propre signature. Le campo alentour est l'un des plus beaux de Venise, fermé par la façade gothique de la basilique des Santi Giovanni e Paolo, où sont enterrés vingt-cinq doges, et par le front de marbre de la Scuola Grande di San Marco, avec ses fausses perspectives en relief.
La visite
Le campo est à Castello, à dix minutes à pied du Rialto et cinq des Fondamente Nove ; la statue est en plein air, visible toujours et gratuitement. Un quart d'heure, une heure si l'on entre aussi dans la basilique, payante. Le campo est très vivant : il y a un café, des enfants qui jouent et les bateaux de l'hôpital qui accostent à côté.
Le conseil de la rédaction
Tournez lentement autour et arrêtez-vous devant, légèrement à gauche : c'est le point pour lequel Verrocchio l'avait pensée, et de là seulement le visage se lit entièrement, mâchoire serrée et regard passant au-dessus de vos têtes. De derrière, en revanche, regardez le sabot levé : il n'y a aucun appui dessous, et au quinzième siècle le tenir ainsi était un problème d'ingénierie avant d'être un problème de sculpture.
